Ended

Delphine Coindet

Faire, Défaire, Refaire

Mar 17 – May 4, 2024

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In the Disney movie "The Beauty and the Beast’’ (1991), multiple clips showcase animated objects with human sentiments. A chandelier, a teacup or a clock become true characters equal to the two main protagonist. This personification of objects could also describe the work of Delphine Coindet. She says it herself: ‘’I consider those objects like human beings, that can grow old, wear away, get lost and disappear. Isolated or united, they don’t look the same, .... Metaphorically, I am trying to represent, as consciously as possible, a reality that we do not accept yet in your scope: knowingly, the realty of fundamental interdependency of all living beings’’. Thus, Fontaine (2000), Fogh (2006), Happy Angels (2007), Harpe (2008), L’arrondi des angles, Allumette, Hache, Juillet, Aout, Novembre, Sit in (2023) and other artwork are characters from the story Faire, Défaire, Refaire. Coindet, ‘’image worker’’ as she likes to call herself, creates a work that stand in-between reality and virtuality. Since the middle or the 1990, she carries out sculptures that plays by the rules of simplified figuration. From virtual images of common objects – harp, fountain, mountain, clouds or tree – Coindet design three-dimensional objects. In a sociological more than a mimetic intent, the artist produces the marks of a harp; she goes beyond the harp in itself. Same thing with a fountain or a flower. Both have a strong artificial power. The string from the harp becomes multicolored ribbons, the fountain is electric blue and the flame from ‘’Allumette’’ becomes a yellow triangle pointing at the sky. The cloud from Fogh materialize itself in the shape of white leatherette overhanging a mirrored surfaces pyramid. Every object is ready to bring on they own show. This twisted line between reality and virtuality crosses the entirety of the exhibition: ribbons on the ground find a pictural life in the colorful lines scribbled on the walls. Then, they spread in the space in the shape of long painted ropes that tangled themselves on the gallery’s ground. The track only ends by the reality of words with the ‘’Calendrier anarchiste’’. Coindet’s activistic acrostics, inspired by the ‘’Anarchist alphabet’’ from the writer Narciesse Praz, are recreated on large boards used during the 1st of may 1974 strike on the Mont-Blanc Bridge in Genève. They stand proudly on the walls of the gallery, surrounded by a pile of tires (Sit in), in hope of a future collective action. And even when Coindet becomes a painter, she doesn’t leave behind her anarchist title: on the walls, small paintings of ducks and birds hang, ‘’doing exactly the opposite of what is expected of a swiss painter, native of the world of abstraction’’. Of course, the virtual is never far away: near this area of reality, including the ‘’Calendrier anarchiste and ‘’Sit in’’, stands the manifestation sign from ‘’Pilote’’ (2008). It doesn’t mean anything anymore: no words, no signes, it faces the wall. In his first book from ‘’Capital’’, Marx said: ‘’If the commodity could talk, it would say: our use value can concern humans. But for us, objects, it no concern of ours. What we rightly deserve, as mere objects, is our exchange value’’. If we can say that Disney give a narrative development of Marx theory on the transformation of objects in fetishes, we can also say that Coindet offers a sculptural avatar of this theory. We can ask ourselves if the colored halo broadcasted by ‘’les Vitraux’’ (2017) at the end of the exhibition celebrates reality or virtuality? But how to answer this question without having seen Faire, Défaire, Refaire?

*in La revue Provence, nov. 2023, interview with Paolo Baggi.

—Marjolaine Lévy

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Dans le film La Belle et la Bête (1991), réalisé par les studios Disney, plusieurs séquences donnent à voir des objets animés de sentiments humains, au gré de scènes chorégraphies. Un chandelier, une théière ou encore une horloge deviennent de véritables personnages à l’instar des deux protagonistes de l’histoire. Cette personnification de l’objet pourrait également concerner les sculptures de Delphine Coindet qui déclare : « Je considère ces objets un peu comme des personnes, ils peuvent vieillir, s’user, voire se perdre et disparaître. Isolés ou groupés, ils n’ont pas vraiment le même aspect... Métaphoriquement, je cherche donc à représenter, de plus en plus consciemment, une réalité que l’on ne semble pas encore admettre sous nos latitudes: à savoir, celle de l’interdépendance fondamentale de tous les êtres vivants »*. Ainsi Fontaine (2000), Fogh (2006), Happy Angles (2007), Harpe (2008), Calendrier anarchiste (2013), Oisocanacoeur (2018), L’arrondi des angles, Allumette, Hache, Juillet, Aout, Novembre, Sit in (2023) et quelques autres encore sont les personnages de l’histoire intitulée « Faire, Défaire, Refaire ». Coindet, travailleuse de l’image comme elle aime à le dire, réalise une œuvre qui se situe sur une ligne dont les deux extrémités seraient le virtuel et le réel. Depuis le mitan des années 1990, elle réalise des sculptures qui se prêtent au jeu d’une figuration simplifiée. À partir d’images virtuelles, numériquement obtenues, de choses de notre monde – harpe, fontaine, montagne, nuage ou arbre – Coindet modélise une représentation tridimensionnelle. Dans une intention moins mimétique que sémiologique, l’artiste engendre non plus une harpe mais le signe d’une harpe, d’une fontaine ou d’une fleur, au fort pouvoir d’artificialité. Les cordes de la Harpe sont devenues des rubans multicolores, la Fontaine stylisée est d’un bleu électrique, la flamme de l’Allumette prend la forme d’un triangle jaune s’élevant dans les airs tandis que le nuage de Fogh se matérialise en une forme de skaï blanc surplombant le sommet d’une pyramide à la surface miroitante. Tous sont prêts à faire leur show. Cette ligne sinueuse à deux sens – du virtuel au réel et inversement – traverse toute l’exposition : les rubans au sol trouvent une existence picturale dans les lignes colorées griffonnées au mur, puis se déploient dans l’espace sous la forme d’une très longue corde peinte qui serpente sur le sol de la galerie. La course de celle-ci n’est arrêtée que par le Calendrier anarchiste, par la réalité des mots. Les acrostiches militants de Coindet, inspirés de l’Abécédaire anarchiste de l’écrivain Narcisse Praz, reproduit sur des panneaux de manifestation lors du défilé du 1er mai 1974 sur le Pont du Mont-Blanc à Genève, s’affichent sans détour sur les murs de la galerie, entourés d’un amoncellement de pneus (Sit in), promesse d’une action collective à venir. Et lorsque Coindet se fait peintre, elle n’en est pas moins anarchiste: au mur, des tableautins représentent des canards et autres oiseaux, comme pour « faire l’inverse de ce qu’on attendrait d’une artiste vivant en Suisse, territoire de l’abstraction ». Toutefois, le virtuel n’est jamais loin: près de cette portion de réel, célébrée par Calendrier anarchiste et Sit in, les pancartes de manifestation, ou plutôt les signes de pancartes de Pilote (2008) ne délivrent plus aucun message, vides de tout mot et tournées contre le mur. Dans le Livre premier du Capital, Marx affirme: « Si les marchandises pouvaient parler, elles diraient : notre valeur d’usage peut bien intéresser les hommes. Mais nous, en tant que chose, elle ne nous regarde guère. Ce qui nous revient, de notre point de vue de chose, c’est notre valeur d’échange. ». Si l’on a pu dire que Disney donne un développement narratif aux thèses marxistes sur la transformation en fétiches des objets, on pourrait dire que Coindet en propose, quant à elle, un avatar sculptural. Le halo coloré que diffuse les Vitraux (2017) au bout de l’espace d’exposition célèbre-t-il le réel ou le virtuel ? Comment esquisser une réponse avant d’avoir vu Faire, Défaire, Refaire ?

*in La revue Provence, nov. 2023, interview avec Paolo Baggi.

—Marjolaine Lévy

Marjolaine Lévy est docteure en histoire de l’art contemporain de l’Université Paris-Sorbonne, critique d’art et professeure d’histoire de l’art à l’EESAB (Rennes). Elle est l’auteure, parmi d’autres essais et catalogues d’exposition, de«Les Modernologues» (2017) et a dirigé l’ouvrage «20 ans d’art en France» (Flammarion, 2018). Elle est également commissaire d’exposition, notamment d’«Histoires d’abstraction. Le cauchemar de Greenberg » à la Fondation Ricard (Paris) en 2021, de l’exposition « Léon Wuidar, une peinture à géométrie variable » au Bonisson Art Center et de la rétrospective« Fausta Squatriti » à la Kunsthaus Pasquart (Bienne) en 2023. En 2024, elle est la commissaire de« La société des spectacles » à la Fondation Ricard et lauréate du prix BMW Art makers avec l’artiste Mustapha Azeroual. .