Ended May 6
Mitch Epstein
New York Trees, Rocks & Clouds
Mar 16 – May 6, 2017
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Mitch Epstein is among the most renowned American photographers of his generation. Five years after his American Power exhibition at the Fondation Cartier Bresson, he returns to Paris at the Galerie Les Filles du calvaire with New York Trees, Rocks & Clouds, a major trilogy showcased for the first time in France.
For more than four decades, and across the United States, Europe, India and Vietnam, Mitch Epstein has been photographing humankind’s relationship to nature, each other, and modern life. His Recreation series began in the 70’s as an observation of American culture and its landscapes. With no didacticism or judgment, Epstein photographically explored how Americans spent their free time. He expanded these various themes in The City (1995-98), a series which explores the close relationship between public and private space; and in Family Business (2000-02), where he shed light on the complex reality of the American dream with a multiple-genre work that described the closure of his father’s business and demise of his hometown. The book Family Business, which combined still images, film, archival material, interviews, and the artist’s own writing, was seminal. Five years later, Epstein’s acclaimed project American Power (2003-08) was awarded the Prix Pictet; Epstein traveled to twenty-five states to photograph the impact of energy production on the American culture and landscape. Rare among his photographic peers, Epstein has developed a political yet never moralistic or simplistic point of view through questioning symbols of “Americanness” and observing the impact of the economy on society and the environment. He approached other countries with the same kind of questioning. In India, where he lived and made movies with his first wife in the 80’s, he made photographs free of exoticism, inspired by his daily life. The images he made in Vietnam (1993-95), are gathered into a beautiful monograph that offers insight into the cultural shift from traditionalism to modernity. Epstein’s visual tracking of the old within the new gives his work remarkable consistency.
With these last three series exhibited at the gallery, Mitch Epstein shifts his interest toward new motifs and photographic techniques. Employing an 8X10 camera, black and white film, and mural size prints, Epstein applies a unique approach to landscape: his pictures do not isolate nature but investigate it in juxtaposition to urban life. Indeed, when Epstein captures a whirling sky above glass and concrete, or a tortuous tree in the middle of a city, what he questions is humankind’s attempt to conquer or cohabitate with nature.
“My rocks and clouds, like my trees in New York Arbor, exist (photographically) in relation to human enterprise. I’m not a nature photographer. It’s the inextricability of human society and nature that interests me.”
In the 70s, more than a century after the creation of Central Park by landscape designer Frederick Law Olmsted, American artist Robert Smithson focused on the confrontation of the urban and the natural, in which he saw the possibility of “earth sculptures”. By inviting us to imagine “Central Park a million years ago”, he emphasized how “the notion of park as a static entity – a ground work of necessity and chance – is questioned by the camera’s eye”. The tension between chance and necessity, nature and city intrigued Epstein. Yet his complex pictures transcend the simple opposition between the natural world and civilization. Beyond Central Park, the city of New York, with all its boroughs, becomes the site of Epstein’s mapping project, which revolves around the three motifs of trees, rocks and clouds. The distillation that comes from black and white (new in his work), as well as the infinite scale of greys, accentuates the formal impact of Epstein’s subjects.
By omitting the city’s cacophonous colors, Mitch Epstein directs our eyes toward the essential. He draws the lyrical out of the documentary. His is a contemplative approach where different temporalities intertwine within the same image. The New York Arbor series, conducted between 2011 and 2012, offers a gallery of portraits of the city’s trees. These silent guardians, often several hundred years old yet forgotten, are the first witnesses of urban expansion and the successive generations that furthered it. Here, the endless and patient geological time scale reminds men how recent they are.
With his last series entitled Rocks and Clouds (2014- 2015), the artist continues his New York research by photographing rocks and emphasizing their sculptural qualities: the same that Olmsted admired a century ago.
“I chose clouds as an opposite to rocks. I thought about ancient time versus contemporary time.”
Epstein’s photographs describe the unpredictable and ephemeral nature of clouds. He focuses on the moving sky and confronts modern architecture at the same time. In sum, this trilogy constitutes an extraordinary exploration of the New York landscape, where nature, technology, and humankind converge.
Sébastien Borderie
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Mitch Epstein compte parmi les photographes américains les plus importants de sa génération. Cinq ans après son exposition American Power à la Fondation Cartier Bresson il revient à Paris, à la galerie Les filles du calvaire, avec une trilogie d’ampleur présentée pour la première fois en France : New York Trees, Rocks & Clouds.
Le rapport que l’homme entretient avec son milieu, ses semblables et sa modernité constituent la trame d’un grand récit mené depuis plus de quarante ans par Mitch Epstein, tant aux Etats-Unis, qu’en Europe, en Inde et au Viêt Nam. Commencée dans les années 70 par l’observation de la culture américaine et de ses paysages, la série Recreation envisageait la façon dont les américains occupaient leur temps libre, dans un traitement libre de tout jugement critique ou didactique. S’en suit alors un travail photographique reprenant, toujours en couleur, ces différents thèmes : The City (1995-98) et la relation ténue entre espace public et privé, Family Business (2000-02) et la réalité plus nuancée du rêve américain qu’il documente à travers la fermeture du commerce de son père. Plus tard, avec le vaste projet American Power (2003-08) salué par le Prix Pictet, Mitch Epstein entreprendra cette fois de mesurer l’impact de la production énergétique sur les modes de vie et son empreinte laissée sur le paysage. Posture rare chez ses contemporains américains, il développe une critique politique en questionnant les symboles du concept d’américanité et en observant l’impact des enjeux économiques sur la société et l’environnement. Ses expériences à l’étranger sont autant d’occasions d’exporter les problématiques observées en occident. En Inde où il vécut et réalisa des films avec sa première femme indienne dans les années 80, il compose des images hors de tout exotisme, inspirées par le quotidien et l’intime qu’il vit directement. Avec le Viet Nam (1993-95), dont les images sont rassemblées dans une superbe monographie , il nous offre le poignant aperçu d’une modernité imposée. Ce thème, comme celui d’une partition, donne à son travail une remarquable constance.
Avec ces trois derniers corpus présentés à la galerie, Mitch Epstein poursuit et déplace ses recherches vers un inventaire de motifs, fruit d’un long travail de repérage. Une fois inventoriés, ces portions de nature résonnent avec une conception originale du paysage: il ne s’agit pas seulement d’objets isolés formellement mais d’un témoignage manifeste de la relation entre l’homme et la nature. En effet, lorsqu’il saisit le ciel tourbillonnant au-dessus du verre et du béton, ou la ramure tortueuse d’un arbre se déployant en ville, Mitch Epstein interroge surtout l’étendue de la conquête de l’homme sur la nature et leurs tentatives de cohabitation.
"Mes rochers et nuages, comme mes arbres dans New York Arbor, existent photographiquement dans leur relation à l’entreprise humaine. Je ne suis pas un photographe de la nature. Ce qui m’intéresse c’est l’inextricabilité de la société humaine et de la nature".
Dans les années 70, et plus d’un siècle après la création de Central Park par le paysagiste Frederick Law Olmsted, l’artiste américain Robert Smithson concentre sa réflexion sur la confrontation de la nature à l’urbanité, y voyant là une possible « earth sculpture ». Nous appelant à imaginer « Central Park il y a un million d’années », il souligne combien « l’œil de l’appareil photo remet en question la notion de parc comme entité statique […] terrain de rencontre du hasard et de la nécessité ». Ce hasard naturel et cette nécessité urbaine forment une énergie qui n’échappe pas non plus à Mitch Epstein. Bien qu’il place son regard sur ce créneau de contradictions, ces photographies transcendent la simple opposition entre nature et culture en laissant le choc du sublime intervenir ou non. Au-delà de Central Park, c’est la ville entière de New York et ses Boroughs qui devient le terrain d’une réelle entreprise de cartographie, scandée par les trois motifs. L’efficacité du noir et blanc (nouveau dans son travail), tout comme l’infinité des gris, accentuent la vigueur formelle et insoupçonnée des motifs choisis : les mers de nuages, le branchage audacieux des arbres ou les strates anarchiques de la roche. En éteignant partiellement les couleurs de la ville, Mitch Epstein concentre notre regard sur l’essentiel. En choisissant le ciel, la roche et les arbres il mêle à son ambition documentaire certains effets du pittoresque, remettant en jeu ses éléments traditionnels. Son modèle esthétique, soutenu par ce traitement, se base sur une approche contemplative du temps qui combine dans une même image des temporalités différentes. La série New York Abor, menée entre 2011 et 2012, offre une galerie de portraits des arbres peuplant la ville. Ces gardiens silencieux, souvent multiséculaires et pourtant oubliés, sont assurément les observateurs privilégiés de l’expansion urbaine et des générations humaines se succédant pour la faire vivre. Ici, l’échelle géologique, infinie et patiente, rappelle la toute jeunesse de l’homme.
Avec sa dernière série Rocks and Clouds (2014 – 205), l’artiste continue ses recherches new-yorkaises en cartographiant les rochers et en reconnaissant chez eux, bien que fortuites, leurs évidentes qualités sculpturales. Ces mêmes qualités qu’Olmsted avait exploitées un siècle et demi plus tôt en utilisant la pierre comme le témoignage d’un passé insondable. Au contact de ses traces historiques, déplacées et mises en scène depuis les amérindiens, Epstein nous révèle ainsi le façonnage humain et la manipulation du paysage.
"J’ai choisi les nuages comme une opposition aux rochers. Je pensais confronter le temps ancien et le temps contemporain"
Epstein reconnait dans l’imprévisibilité et la fugacité des nuages, le pouvoir d’élargir son champ méditatif sur une observation plus proche de l’expérience, plus ancrée dans le présent. En levant son objectif vers le ciel en mouvement et tout en l’opposant au hiératisme moderne de l’architecture, il retourne ainsi son étude vers un instant vécu. A la manière d’un chercheur, Mitch Epstein extrait du ciel et des corps organiques, peu bavards, une matière indicielle. En somme, cette trilogie constitue une exceptionnelle étude documentaire, non seulement sur le paysage New-Yorkais mais aussi sur l’histoire entretenue par les hommes dans leurs désirs d’appropriation de la nature.
Sébastien Borderie









