Ended

Caroline Tschumi

Spectres et Plectres

Mar 17 – May 4, 2024

Project Room

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Fabrice Stroun: Your recent drawings seems to go towards a more baroque and dense approach. Could you describe the different stages of conception? Do you have a clear idea of each and every element that will be included in the drawing before even starting? How do you create this entanglement of elements and bodies? For instance, one of your drawings shows a character in the sky, surrounded by airplanes with legs, virgin Marie and the Christ. Can you explain your process for this drawing?

Caroline Tschumi: My boyfriend has a balcony before which passe the airplanes of the Geneve airport. I sit there and observe their white trail in the sky. For the drawing you are mentioning, I’ve started on the bottom left corner of the paper, direcly with my pen. As always, my process with my drawing is ‘’make-or-break’’. I take off, with the impression of sticking my face to the window, looking in the sky and let it speak: it is a place where things transform. With altitude, I wonder if I would discern the souls of the dead, that we often describe high above. All of a sudden, a gigantic junky appears. He is topless, has long hair and wears jean, like the numerous cowboys that have traveled in my drawings during the years.

FS: And the airplane’s legs?

CT: The airplanes seemed a little bit expressionless and needed to be brought to life. With this in mind, I’ve gave them legs. With them, they can propel themselves in the sky. This addition gives a childlike dimension to my drawing and minders it’s dramatic them. It is essential for me to keep an ounce of optimism in my work, even is the most tragic or violent drawings.

FS: Your current work uses more effects that originates in decorative art than in our previous works. The veins, the muscles from your skinned character, the bandages that fly around him and the pyre that burns in the background, build a design that seems inlayed into the drawing, like a marquetry piece.

CT: There is indeed veins, bones and flames but also materials that I’m not familiar with. At least not yet. Sometime I get the impression that I’m making observational drawings. I project myself in the space that I draw, and discover elements that compose it during my wandering. When I start, everything is blurry. But with time, I manage to focus. I manage to linger on folds and corners, to study the interweaving of surfaces and materials that I perceive.

FS: The composition of your biggest drawings is more minimal, more hieratic, more ‘’fixed’’. I am thinking of this 3-meter-long drawing, where a woman lingers on a mountain, almost hiding it completely. Above her levitates a man and they only connect by the means of rainbows.

CT: If a storyline persists more than a week, I feel the need to translate it on a bigger work. For this couple, I’ve first saw two feminine figures: one laying down on a mountain, one floating above. This second women became a man during the drawing process. At some point, I’ve imagined adding more details, like small boats on the lake, but in the end it’s seemed unnecessary. The gigantic size of both characters, fixed in this unstable balanced relationship and the scale of the landscape, were enough. The smallest formats are created during two sessions of 2 or 3 hours each. The creation of my biggest formats lasts a month. I need a lot more energy to create those two giants, which means that my work is less jittery than my usual A4.

Riex, Switzerland, February 2024, conversation between Fabrice Stroun and Carline Tschumi.

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Fabrice Stroun: Tes dessins récents sont de plus en plus baroques, de plus en plus denses. Peux-tu décrire les différentes étapes de leur conception? As-tu une idée claire de tous les éléments que tu vas mettre en place avant de commencer ? Comment composes-tu ces enchevêtrements? Prenons, par exemple, ce dessin représentant un personnage dans le ciel entouré d’avions avec des jambes, de la sainte Vierge et du Christ.

Caroline Tschumi: Mon copain a un balcon duquel on voit les avions qui vont et viennent de l’aéroport de Genève. Je me poste au balcon et j’observe les traces blanches dans le ciel. Je suis partie du coin inférieur gauche de la feuille, directement au stylo. Comme toujours, ça passe ou ça casse. Je m’envole, j’ai l’impression d’être collée à la vitre, de regarder le ciel depuis le hublot. Le ciel est l’endroit où les choses se transforment. En prenant de l’altitude, je me demande si je pourrais apercevoir les âmes des morts, qu’on m’avait raconté être tout là-haut. Un junky gigantesque apparaît. Il est torse nu, a les cheveux longs, et porte un jean, comme les cowboys qui ont traversé mes dessins pendant des années.

FS: Et les jambes des avions?

CT: Les avions me semblaient un peu inexpressifs, il fallait les rendre vivants. Je leur ai donc donné des jambes pour qu’ils puissent se propulser dans le ciel. Cet ajout apporte une dimension un peu enfantine au dessin, apaise le drame. Il est essentiel pour moi de garder un brin d’opti misme, même dans mes dessins les plus tristes ou les plus violents.

FS: Ton travail actuel fait usage d’effets empruntés aux arts décoratifs de manière plus évidente qu’auparavant. Les veines, et les muscles de ce personnage écorché, mais aussi les bandelettes qui virevoltent autour de lui et les flammes qui s’échappent du bûcher en arrière-fond, tissent ensemble un motif qui semble incrusté, comme dans un ouvrage de marqueterie, dans la matière même du dessin.

CT: Il y a en effet des veines, des os, des flammes, mais aussi des matières que je ne connais pas, ou du moins pas encore. J’ai parfois l’impression de faire du dessin d’observation. Je me projette littéralement dans les espaces que je dessine, et découvre les éléments qui les composent au fur et à mesure de mes déambulations. Lorsque j’ai commencé, tout était encore un peu flou mais, avec le temps, je suis parvenue à régler la mise au point. Je parviens maintenant à m’attarder dans les plis et les recoins de ces mondes, je remarque de plus en plus de détails, prends le temps d’étudier l’entrelacement des surfaces et des matières que je perçois.

FS: Les compositions des grands dessins sont plus épurées, plus hiératiques, figées. Je pense à ce dessin de plus de 3 mètres de long, ou une femme allongée sur une montagne, qu’elle recouvre entièrement, est unie par des arcsen-ciel à un homme en lévitation au-dessus d’elle.

CT: Si une vision persiste plus d’une semaine, je ressens le besoin de la restituer en grand. Pour le dessin de ce couple, j’ai d’abord vu une femme allongée sur une montagne, au-dessus de laquelle flottait un deuxième personnage féminin qui, en dessinant, est devenu un homme. J’ai imaginé à un moment rajouter plein de détails, comme des petits bateaux sur l’eau, mais ça m’a semblé superflu. Le gigantisme de ces deux personnages figés dans ce rapport d’équilibre instable, l’échelle du paysage et du ciel, suffisait. Les petits formats sont réalisés en deux séances de deux ou trois heures de travail, alors que les grands me prennent environ un mois. J’ai besoin de beaucoup plus d’énergie pour dessiner ces géants, ils sont donc moins nerveux. Un peu comme certains dinosaures qu’on imagine colossaux, mais un peu lents.

Riex, Suisse, février 2024. Conversation entre Fabrice Stroun et

—Caroline Tschumi

Fabrice Stroun (1969) est commisaire d’exposition et professeur à la HEAD Genève