Ended Mar 9

Anna Tuori

En Appelant L’avenir à Revenir

Jan 27 – Mar 9, 2024

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It makes sense to lean into the tendency to view Anna Tuori’s work through the prism of a purely visual semiology: her paintings unfold meanings that cannot be put into words, approached from the angle of relationships and relations, with a mathematical or affective lens. It’s a body of work that doesn’t really aim to be legible, in the linguistic sense of the culturally established agreement between signifier and signified. To borrow the categories of structuralist Roman Jakobson, it’s the phatic function of language that emerges here: the phatic function encompasses all words, sounds, or onomatopoeia that have no meaning in themselves, and whose sole function is to establish communication (“hello?”). Its purpose is not to deliver a clear message, but to maintain contact. This is evidenced by the multiple kinetic strokes that run through Tuori’s canvases, a kind of energy grapheme that evokes force or movement and sets the eye in motion. These loosely painted glyphs, index fingers, and commas act as admonishers and mediators, capturing attention and opening escape routes.

Puddles, distortions, and dilutions are mixed with more precise, held forms, notably panels that obstruct space and indicate that the scene is far from fixed and clearly delineated. Tuori’s pictorial gestures coexist with evocations of several creative moments: rapid, tender, urgent, concentrated. In addition to challenging the dichotomous idea that expressionist painting comes from the heart and conceptual painting from the brain, these diverse gestures transcribe the spirit of dislocated time. Witness to this are the evocations of classical symbols that have in common the use of the face to represent a time in crisis: bifacial Janus looking both to the past and the future, Narcissus observing his reflection, Hamlet addressing Yorick’s skull.

The unconventional, ambiguous spatial dynamics at play here are reminiscent of Michel Foucault’s notion of heteropia, which the author also characterizes as being in constant transformation. At the edge of the canvas, a leg regularly creeps in. This truncated motif embodies the heuristic dimension of Tuori’s painting, i.e., its capacity to engage in unfamiliar territory, sometimes anarchically and erratically, with no common ground in our familiar space. At the same time, this leg points to the existence of a backstage, a space outside the painting from which she does not completely isolate herself. The painting opens up and shifts center; the boundaries between inside and outside, real and imaginary, are blurred.

Anna Tuori (b. 1976, Finland) is a graduate of the Academy of Fine Arts, Helsinki, and the École Nationale Supérieure des Beaux-Arts, Paris. In 2011 she was selected for the Carnegie Art and Ars Fennica Award. Her work has been shown in numerous exhibitions and public collections, including the Busan Museum of Art (South Korea), Kemper Museum of Contemporary Art (Kansas City), HAM Helsinki Art Museum, Museum of Contemporary Art Kiasma, and Saastamoinen Foundation (Helsinki).

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Tout porte à regarder le travail d’Anna Tuori au prisme d’une sémiologie proprement visuelle : sa peinture déploie des significations qui ne peuvent être mises en mots mais abordées sous l’angle des rapports et des relations, avec un œil mathématique ou affectif. Il s’agit d’un travail qui ne vise pas vraiment à être lisible, au sens que la linguistique donne à l’accord établi culturellement entre un signifiant et un signifié. Pour reprendre les catégories du structuraliste Roman Jakobson, c’est davantage la fonction phatique du langage qui se dégage ici. La fonction phatique englobe tous les mots, sons ou onomatopées qui ne comportent pas de sens en soi et dont la seule fonction est d’établir une communication (« allô ? »). Elle ne vise pas à délivrer un message clair mais à maintenir un contact. En témoignent les multiples traits cinétiques qui parcourent les toiles d’Anna Tuori, sortes de graphèmes d’énergie qui évoquent une force ou un mouvement et mettent le regard en circulation. Ces glyphes, index et virgules, peints de manière enlevée, agissent en qualité d’admoniteurs et de médiateurs : ils captent l’attention et lui ouvrent des issues de secours.

Flaques, distorsions, et dilutions sont mêlées à des formes plus précises et tenues, notamment des pans qui obstruent l’espace et indiquent que la scène est loin d’être figée et clairement délimitée. Il y a en effet une cohabitation de gestes picturaux chez Anna Tuori qui participe de l’évocation de plusieurs temps de création : rapides, tendres, urgents, concentrés. En plus de mettre à mal l'idée dichotomique selon laquelle la peinture expressionniste viendrait du cœur et la peinture conceptuelle du cerveau, ces divers gestes transcrivent l’esprit d’un temps disloqué. Preuves en sont des évocations de symboles classiques qui ont en commun d’utiliser le visage pour figurer un temps en crise : Janus biface regardant à la fois vers le passé et l’avenir, Narcisse observant son reflet, Hamlet s’adressant au crâne de Yorick. La dynamique spatiale qui se joue dès lors de manière non conventionnelle et ambiguë rappelle la notion d'hétéropie de Michel Foucault, que l’auteur caractérise également par le fait d’être en transformation constante. Au bord de la toile, une jambe s’infiltre régulièrement. Ce motif tronqué incarne la dimension heuristique de la peinture d’Anna Tuori, c’est-à-dire sa capacité à s’engager dans un territoire inconnu, de façon parfois anarchique et erratique, sans aucune commune mesure avec notre espace familier. Dans le même temps, cette jambe pointe l’existence d’une arrière-scène, d’un espace hors de la peinture dont elle ne s’isole pas complètement. La peinture s’ouvre et se décentre ; les frontières entre intérieur et extérieur, réel et imaginaire, sont floues.

Anna Tuori (née en 1976 en Finlande) est diplômée de l’Académie des Beaux-Arts de Helsinki et de l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris. En 2011 elle a été sélectionnée pour le Carnegie Art and Ars Fennica Award. Il s’agit de sa troisième exposition personnelle à la Galerie Suzanne Tarasieve. Les œuvres de Anna Tuori ont été exposées dans de nombreuses expositions et collections publiques, comme le Busan Museum of Art (Corée du Sud), Kemper Museum of Contemporary Art (Kansas City). HAM Helsinki Art Museum, Museum of Contemporary Art Kiasma, Saastamoinen Foundation (Helsinki).

—Elora Weill-Engerer

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