Ended Jul 27

JR

Dans la Lumière

Jun 7 – Jul 27, 2024

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The gallery is delighted to present Dans la Lumière, JR's fourth exhibition at Perrotin Paris and his thirteenth with Perrotin. The exhibition presents a series of recent works in line with the Chiroptera project created specially for the Opéra de Paris in November 2023.

In his Natural History, Pliny the Elder recounts an ancient Greek legend about the origins of art. The young Corinthian Kora, daughter of the potter Butades of Sicyon (Dibutade), is saddened to see her beloved leave and wants to preserve his memory forever. Using the light of a lantern, she traces the outline of his shadow on her wall. Her father then models the face in clay and bakes it with fire. Together, they produce the first portraits in history, in two dimensions by capturing the silhouette and in three dimensions by creating a life-size sculpture. The work of art thus replaces the material reality of a human being, their memory, and their ghost, which might come to haunt us. From that point on, art is able to conjure up reality, time, and space.

This story is reminiscent of Plato’s more famous “Allegory of the Cave” in Book VII of The Republic. Here, human beings have been chained in a cave since birth. With their backs turned to the outside world and its natural light, they only see the shadows on the wall (once again) of everything that passes before the cave’s entrance. They think they perceive reality when, in truth, they only see its projection. This text distinguishes a world below – sunless, dark, chaotic, and full of hallucinations, illusions, and falsehoods – from a world above – luminous, harmonious, organized, and filled with knowledge, clarity, and truth.

In both worlds, it’s a matter of light and shadow, but above all, of perspective and gaze. In other words, light can be found within darkness, provided we direct our minds and vision towards its source, towards the origin of all things. This is precisely what is at stake in JR’s project Retour à la caverne, Act I & II, created specifically for the Opéra Garnier in Paris in autumn 2023. In September, for Act I, the artist transformed the scaffolding covering the façade of the cultural monument into a stone cave entrance that faced the Avenue de l’Opéra. The black-and-white trompe-l’œil was so realistic that it could have easily deceived some passers-by into thinking that the building’s restoration work had unearthed a geological cave within Charles Garnier’s architecture.

In November, for Act II, the cave did not close in on itself but instead revealed its point of origin, the source of its identity and existence. Its outer wall was covered with human handprints, like those in cave art. On Sunday, November 12, from 7:00 pm to 9:00 pm, over twenty-five thousand spectators gathered at the Place de l’Opéra, each bringing a light source to illuminate what was about to unfold before their dazzled eyes: Chiroptera, a unique ballet performance devised by JR, Damien Jalet, and Thomas Bangalter. The performance began with the striking shadow of principal ballerina Amandine Albisson, creating contours so intense and powerful that even Kora and Butades of Sicyon would have been unable to capture them. Then, 153 dancers from all over Europe, swirling like bats, transformed the scaffolding into a screen of giant pixels, alternating between dark and reflective sides. At the end, the 30-meter-high kaleidoscope conveyed this message to the world: “Darkness holds the grace of the light.”

This exceptional event will live long in the audience’s memory, remembered as a moment of togetherness, unforgettable images, movements, sounds, lights, emotions, vibrations, and positive energies. The dancers’ (or bats’) distinctive black-and-white outfits either absorbed or reflected the light from the headlamps or smartphones held by the audience in the darkness of the night. Each spectator illuminated their neighbor. Each was unique, and all were complementary. Each had their own identity, and they all formed the community of the world.

For the exhibition dedicated to this project at Perrotin Paris, it was not only necessary to produce specific works but also to find a mode of representation that would convey the intensity felt by those who had been present at the event. In addition to films and photographic prints showing the various moments of Chiroptera, JR also experimented with an unprecedented fusion of several singular techniques: photo transfer reinforced with black ink on wood with hand-drawn charcoal highlights. L’Ombre de la caverne recreates the balletic interplay between Amandine Albisson and her shadow. The Génome series shows bird’s eye views of the different configurations created by the 153 dancers on the thirty-meter-high scaffolding, while Chromosome features close-up shots. The Dans la lumière series focuses on their radiant silhouettes, symbolizing the liberation of the chained prisoners from Plato’s Cave and their difficult but triumphant return to the light. This is reinforced by the use of wood as a base, alluding to the barriers that enclose and conceal urban construction sites, the graffiti that often covers them – a truly unruly urban art – and the rebirth of life symbolized by visible veins and cracks in the wood.

“You can’t banish darkness with darkness,” JR told me. Yet, each of us can come out of “our” cave, leave the shadows, and embrace the light we all carry within us. What can we do about the darkness in the world? Become the luminous protagonists of the world we all share...

—Marc Donnadieu

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La galerie est heureuse de présenter Dans la Lumière, la quatrième exposition de JR à la galerie de Paris et sa treizième avec Perrotin. L’exposition présente une série d’œuvres récentes dans la lignée du projet Chiroptera mené sur la façade de l’Opéra de Paris en novembre 2023.

Dans son Histoire Naturelle, Pline l’Ancien rapporte un récit grec plus ancien sur l’origine de l’œuvre d’art. La jeune corinthienne Callirrhoé, fille du potier Butadès de Sicyone (Dibutade), triste de voir son bien-aimé partir en voyage, décide d’en conserver à jamais le souvenir. Celle-ci trace alors le contour de son ombre projetée directement sur le mur de sa chambre grâce à la lumière d’une lanterne. Et son père d’en faire ensuite le relief en appliquant de l’argile sur l’ensemble du dessin, puis en le durcissant au feu. Aussi, réalisent-ils conjointement le premier portrait de l’histoire à plat et en relief, d’une part en représentant exactement la silhouette d’une personne donnée, d’autre part en la sculptant à la même taille. De ce fait, l’œuvre d’art se substitue tout à la fois à la réalité matérielle de l’être humain, à la mémoire que l’on en a et à son fantôme qui pourrait venir hanter notre esprit. Elle conjure dès lors le réel, le temps et l’espace.

Ce récit n’est évidemment pas sans rappeler celui, beaucoup plus célèbre, de l’« Allégorie de la caverne » que développe Platon dans le Livre VII de La République. Celui-ci met en scène des êtres humains enchaînés et immobilisés depuis leur naissance dans une caverne. Tournant irrémédiablement le dos à l’extérieur et à la lumière naturelle, ils ne peuvent observer tout ce qui passe devant l’entrée de la caverne, mais en percevoir seulement l’ombre portée projetée – là encore – sur le mur auxquels ils font face. Aussi, croient-ils voir la réalité, alors qu’en vérité ils n’en visualisent que la projection. Au-delà, ce texte inscrit tout particulièrement une distinction entre un monde d’en bas, sans soleil, ténébreux, chaotique et rempli d’hallucinations, d’illusions et de faussetés, et un monde d’en haut, lumineux, harmonieux, organisé, et traversé par la connaissance, la clairvoyance et la vérité des choses.

Dans le premier comme dans le second, tout est donc affaire de lumière et d’ombre, mais surtout de perspective et de regard. Autrement dit: la lumière se trouve à l’intérieur des ténèbres pour peu que l’on retourne son esprit et sa vision vers son point d’origine ou de jaillissement, vers la source de toute chose. C’est ce qui est justement à l’œuvre dans le projet Retour à la caverne, Acte I et II que JR a tout spécialement développé, à l’automne 2023, pour l’Opéra Garnier à Paris. Profitant de la présence rarissime d’un échafaudage couvrant la façade d’un des plus importants monuments culturels de la capitale, l’artiste l’a métamorphosé, pour un premier acte qui a pris place durant le mois de septembre, en caverne de pierre grande ouverte sur l’avenue de l’Opéra. Quoiqu’en noir et blanc, le trompe-l’œil était si parfait que certains passants ont pu croire que les travaux entrepris dans le bâtiment avait mis à jour une grotte géologique tapie au plus profond de l’architecture de Charles Garnier.

Pour autant, pour le second acte du mois de novembre, cette caverne ne s’est pas refermée, mais bien au contraire a révélé son point d’origine et de jaillissement, la source de son identité et de de son existence au monde. Sa paroi extérieure s’est ainsi constellée d’empreintes de mains humaines, telles celles de l’art pariétal. Puis, le dimanche 12 novembre, de 19h00 à 21h00, plus de vingt-cinq mille spectateurs ont été conviés à venir place de l’Opéra, chacun apportant avec lui une source lumineuse afin de faire vivre, vibrer et scintiller ce qui allait se dérouler devant leur yeux éblouis: Chiroptera, un ballet-performance unique en son genre, fruit d’une collaboration entre JR, Damien Jalet et Thomas Bangalter. Tout d’abord, l’ombre géante du corps de la danseuse étoile Amandine Albisson a démultiplié des contours si intenses et puissants que Callirrhoé n’aurait pu les saisir ni Butadès de Sicyone les figer. Ensuite 153 danseurs venus de toute l’Europe, telles des chauve-souris, ont métamorphosé l’échafaudage en écran de pixels géants, chacun alternant successivement une face sombre et une face réfléchissante. Et ce kaléidoscope de 30 mètres de haut de transmettre, in fine, ce mes sage au monde : « Darkness holds the grace of the light [L’obscurité retient la grâce de la lumière]».

Mais il ne s’agissait pas là que d’un événement exceptionnel qui marquera la mémoire d’un public venu en nombre, mais surtout de l’expérience d’un être ensemble producteur d’images, de mouvements, de sons, de lumières, d’émotions, de vibrations, d’énergies positives et inoubliables. Et la face noir profond et absorbant et l’autre blanc réfléchissant du tissu inédit des danseurs/chauves-souris de renvoyer à la lampe torche frontale ou au smartphone sur mode lumière de la foule des spectateurs massés dans l’ombre de la nuit. Chacun, de par sa volonté, illumine cet autre qui lui fait face. Chacun est unique et tous sont complémentaires. Chacun possède sa propre identité et tous forment la communauté du monde.

Il fallait donc, pour l’exposition dédiée à ce projet à la galerie Perrotin à Paris, non seulement produire des œuvres spécifiques mais renouveler leur mode de représentation afin de traduire avec la même intensité ce que les personnes présentes avaient ressenties in situ. Si on y retrouve, bien évidemment, films et tirages photographique uniques qui reproduisent les différents moments du projet Chiroptera à l’échelle de la ville, JR y a surtout expérimenté la fusion inédite de plusieurs techniques singulières: le transfert de photographie, l’encre noire sur bois avec des rehauts de fusain. L’Ombre de la caverne restitue ainsi le ballet entre la danseuse étoile de l’Opéra de Paris Amandine Albisson et sa propre ombre projetée. La série Génome développe, elle, la vue globale des différentes configurations réalisées par les 153 danseurs juchés sur un échafaudage de plus de trente mètres de haut, alors que «Chromosome» singularise, sous la forme de «close-up», certains d’entre eux. Quant à la série Dans la lumière, elle s’attache à leur silhouette irradiante, mais symbolise surtout la libération des prisonniers enchaînés dans la Caverne de Platon et leur retour difficile mais victorieux vers la lumière. Ce que renforce l’utilisation du bois comme support : celui-ci fait en effet tout à la fois référence aux palissades qui obstruent et cachent les chantiers urbains, aux inscriptions que l’on peut y trouver, véritables écritures urbaines indisciplinées, et à une vie renaissante à travers les veines et les nœuds encore perceptibles du bois.

«On ne chasse pas les ténèbres par les ténèbres» m’a confié JR. Pour autant, chacun d’entre nous peut sortir de «sa» caverne, quitter l’ombre et s’ouvrir à la transmission et à la connexion à partir de cette part de lumière que nous portons tous en nous. Contre l’obscurité du monde, comment agir ? En étant soi-même l’acteur lumineux de ce monde que nous avons en partage...

—Marc Donnadie

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