Ended Jul 27
Leelee Kimmel
Nuwar
Jun 6 – Jul 27, 2019
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Almine Rech Paris is pleased to present Nuwar, Leelee Kimmel’s first exhibition with the gallery.
"Stirring up a mass of dull grey plankton, again there came the shock of sheer color — like a blow to the body, or a crashing chord to the ear. I know of no other sensation which quite equals the effect on the eye — or the brain behind the eye — as that of a great, glowing, living, rich-scarlet-red shrimp, cold as ice, just raised through a half mile of water. No flower I have ever seen in any setting could vie with it for a moment. It is worth recalling that for countless ages this shrimp and its ancestors had been merely the blackest of beings in a jet-black world, and only for the past few minutes had its blazing color existed. This may partly explain its exciting quality, like the unused rods and cones inour own retina, when we stand on our heads and look out at the world." [1]
“I am nature”, Jackson Pollock famously said, and from at least the beginnings of Abstraction artists have sought deep nature, a primal language of shapes and colors presumed to lurk deep in the mind, unpolished and unmediated by conscious rationalization. Michael Fried, equally famously, believed that the greatest Modern art was work with the condition “of existing in, indeed of secreting or constituting, a continuous and perpetual present”.
But when you look at the unconscious mind – that is, literally look, with your eyes – what do you see? After sitting for a while in a dark room, or when you’re about to doze off at night, what you see is phosphenes: those patterns, dots, grains, and swirls of (initially) weak color on a dark background caused by the more or less random firing of neurons in the retina itself. These usually start off more abstract but, as the brain’s automatic visual system begins to interpret them, they take on more figurative features, until the stage where they’re called hypnagogic hallucinations – not any of the types of stronger hallucinations that arise in the brain, but something so unmediated that even less conscious animals than ourselves – insects? planaria? – might often see something very similar. These images don’t at all live in that ideal garden of Modernism, the Unconscious: instead, they flash in an out of their half-existence in the Hadean-eon wilderness of our dimmest pre-unconscious.
Leelee Kimmel’s paintings are investigations of inner and outer space, collisions between ur-ancient, chthonic nature and the hyper-sophisticated realm of Modernist and postmodernist art histories, between the preverbal and the phantasmagoria of the library, terse and voluble, suddenly laughing then stonily silent. Kimmel’s abstract biomorphs skitter through pitch black abyssal depths, like those of Beebe’s Arcturus Adventure, at once terrifying and comic. The shapes harken back to nature, while Kimmel’s palette is neon and acid, resoundingly anti-naturalistic.
There’s a sense of potential catastrophe crowding the margins, as forms coil and ricochet through darkness: is that a turtle or a hand grenade revolving on the periphery, is that polyp a gun? Transformation is the guiding formal but also psychological and dare I say spiritual governing force in Kimmel’s dark glittering universe, fearsome and newborn, cunning monsters, mutants, aliens, explorers, invaders, these phantoms of Nuwar.
- David Rimanelli
1 - William Beebe, The ‘Arcturus’ Adventure, 1926
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Almine Rech Paris a le plaisir de présenter Nuwar, la première exposition de Leelee Kimmel avec la galerie.
« Et quand se dissipa la masse grisâtre du plancton, voici qu’apparut à nouveau le choc de la couleur pure, semblable à un coup porté au corps ou un accord fracassant à l’oreille. Je ne connais aucune sensation qui soit tout à fait équivalente à l’effet que produit sur les yeux – ou le cerveau qui leur est relié – une énorme crevette éclatante, vivante, d’un rouge écarlate profond, froide comme la glace, que l’on découvre sous l’eau à un kilomètre de profondeur. Aucune fleur que j’ai jamais vue où que ce soit ne pourrait la concurrencer. Il faut songer que depuis toujours, cette crevette et ses congénères ne furent que de sombres créatures plongées dans un monde de ténèbres : leurs couleurs flamboyantes n’existent que depuis quelques instants. Ceci explique peut-être l’excitation, comme les cônes et bâtonnets inusités de la rétine, ressentie quand, tout retourné, on contemple le monde. [1] »
« Je suis la nature », disait Jackson Pollock ; depuis les origines de l'abstraction, tout au moins, les artistes recherchent la nature profonde, le langage primordial des formes et des couleurs censées se cacher au plus profond de l’esprit, brutes et non altérées par une rationalisation consciente. Michael Fried pensait, lui, que le meilleur de l’art moderne est une œuvre dont la nature est « d’exister dans, voire de sécréter ou de constituer, un présent continu et perpétuel ».
Mais quand on regarde l’inconscient – au sens propre, avec ses yeux - que voit-on ? Assis longuement dans une pièce sans lumière, ou au moment de l’endormissement, nous voyons des phosphènes : motifs, points, grains et tourbillons de couleurs initialement faibles sur fond noir, provoqués par le déclenchement plus ou moins aléatoire de neurones dans la rétine elle-même. Au départ, ils sont plutôt abstraits, mais dès que le système visuel automatique du cerveau commence à les interpréter, ils revêtent un caractère plus figuratif, jusqu’à devenir des hallucinations hypnagogiques. Rien à voir avec les hallucinations plus fortes générées par le cerveau : il s’agit de quelque chose de si simple que même des espèces moins conscientes que nous (insectes ? planaires ?) observent peut-être des phénomènes semblables. Ces images ne vivent pas dans l’Inconscient, ce jardin idéal du Modernisme : leur demi-existence scintille plutôt dans le désert hadéen de notre pré-inconscient le plus obscur.
Les tableaux de Leelee Kimmel explorent les espaces intérieurs et extérieurs, les collisions entre la nature antique, souterraine, et le monde hypersophistiqué des histoires de l’art moderne et post-moderne, entre le préverbal et la fantasmagorie livresque, laconique et volubile, entre éclat de rire et silence de mort. Les biomorphes abstraits de Kimmel glissent dans les profondeurs abyssales, comme celles de William Beebe, à la fois terrifiantes et comiques. Ses formes évoquent la nature, mais sa palette néon et acidulée reste résolument antinaturaliste.
Une sensation de catastrophe annoncée envahit les marges ; les formes s’enroulent et ricochent dans l’obscurité. Est-ce une tortue ou une grenade qui tourne à la périphérie ? Ce polype est-il une arme à feu ? La transformation est ce qui fait la force – formelle, psychologique, spirituelle, oserai-je – de l’univers sombre et scintillant de Leelee Kimmel, redoutable et novateur, fait de monstres malins, mutants, extraterrestres, explorateurs, envahisseurs, fantômes de Nuwar.
- David Rimanelli
Traduit de l’anglais par Alexandre Carayon
1 - William Beebe, The ‘Arcturus’ Adventure, 1926.










