Ended Jul 22

Mohammad AlFaraj

The Date Fruit of Knowledge

Jun 1 – Jul 22, 2023

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After winning acclaim at the last Lyon Biennale, Mohammad AlFaraj (born in 1993 in Al-Ahsa, Saudi Arabia) presents himself as a storyteller for his first solo exhibition in France, at Mennour gallery.

In his film The Date Fruit of Knowledge, which lends its title to the exhibition, AlFaraj draws on the oral tradition of his native country to tell the story — in Arabic then English, his two spoken languages — of the initiatory journey of a young bird thirsty for knowledge: the story of a bulbul — whose body is sculpted from a date — that hears of a legend by the extinct Arabian leopard which says that every palm tree bears a single fruit containing all the knowledge in the world. Insatiable, the bird sets out to strip each tree of its dates, whether green or overripe, forbidding fellow birds to indulge in this gargantuan feast. As his growing bulimia brings him to the brink of death, he ingests one last odd-looking fruit. “Suddenly,” says AlFaraj, “his eyes turn white, his mind lights up and all knowledge comes to him like a revelation.”

How to identify, name, locate, recite, calculate... Nothing is unknown to him. He is aware of everything that was, everything that is, everything that will be. Yet despite his immense power, he experiences extreme solitude: he is completely disconnected from all the other species, who take pleasure in learning by making mistakes. Everything that is beautiful and exciting becomes known to him, and therefore dull, while in the face of everything that is horrible and painful, he stands aware and powerless. Devastated, the bulbul decides to end it all. But his old friends recommend him to turn to fire, the master of oblivion. And so, throughout the night, the bird gives all his knowledge up to the flames. At dawn, he has forgotten everything. From that moment on, he begins to savour life and knowledge to the full, date by date, day by day, in communion with his peers.

Created in 2022 in the context of an artist residency in AlUla,[1] The Date Fruit of Knowledge marks the artist’s first use of stop motion animation. Employing very few material elements, AlFaraj invites us into an immersive video device, halfway between a live performance and its archive. To establish a mise en abyme, the artist superimposes Saudi soil — taken from his open-air studio — on a bed of fine sand placed on the projection surface in the vault of Mennour gallery. Recalling the techniques of haptic cinema through which “the eyes function as organs of touch”[2], AlFaraj seeks to create the conditions for sharing the present moment. Hic et nunc.

An approach that can also be found in the film Glimpses of Now, begun in 2015. Conceived as a mosaic or hybrid database, the work proposes a series of everyday scenes filmed with his telephone. Placed end-to-end to compose a mobile architecture, the sequences are assembled, intertwined, and added together. In perpetual evolution, the poetic scenario is reshaped on a day- to-day basis, the shots segmented, lengthened, trimmed, or else discarded, abandoned, deleted: “I’m looking for that third meaning that emerges when you put two images one after the other.”[3]

AlFaraj takes part in a visual and narrative production that documents changes and tensions between urban and natural environments, fractures between tradition and progress, generational gaps, social claims, issues raised by the need for environmental preservation. The palm and its fruit are recurring in his pictorial, photographic and sculptural practice. The possibilities of coexistence between living species and nature are a constant source of inspiration.

His works are like a series of sensitive areas, bearing witness to the complexity of the relationships that make up a global landscape in constant mutation. In a post-Anthropocene era, the bird feeds on what it is made of, and human domination is no more. Echoing the writings of Jean-Luc Nancy, AlFaraj celebrates the still fertile interdependence of species. Just as the migrating bird repeats and shares his song from flight to flight, the artist scatters the legends he invents, and thereby enriches a collective imaginary with a universal calling.

—Megan Macnaughton

1 - The AlUla Artist Residency Programme was founded in 2021 as a collaboration between the Royal Commission for AlUla (RCU) and the French Agency for AlUla Development (Afalula).

2 - Marks, L. U., The Skin of Film: Intercultural Cinema, Embodiment and the Senses, Durham, Duke University Press, 2000, p. 162.

3 - Mohammad AlFaraj, written correspondence, 2023.

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Après une participation remarquée à la dernière Biennale de Lyon, Mohammad AlFaraj (né en 1993 à Al-Ahsa, Arabie saoudite) se présente tel un conteur à l’occasion de sa première exposition personnelle en France, à la galerie Mennour.

Dans son film The Date Fruit of Knowledge, qui donne son titre à l’exposition, AlFaraj puise dans la tradition orale de son pays natal, pour raconter — en arabe puis en anglais, ses deux langues courantes — le voyage initiatique d’un jeune passereau assoiffé de connaissances. Sculpté au sein d’une datte, il a ouï-dire via le léopard d’Arabie, depuis disparu, d’une légende selon laquelle chaque palmier porte un fruit qui contiendrait tous les savoirs du monde. Insatiable, l’oiseau se met à dépouiller chaque arbre de ses dattes, qu’elles soient vertes ou trop mûres, interdisant à ses congénères de l’accompagner dans cet exploit gargantuesque. Alors que sa boulimie le conduit progressivement aux portes de la mort, il ingurgite un dernier fruit à l’allure étonnante. « Soudain, nous raconte AlFaraj, ses yeux deviennent blancs, son esprit s’illumine et toute connaissance lui vient comme une révélation ». Certifier, nommer, situer, réciter, calculer... Rien ne lui est désormais inconnu. Il sait tout ce qui a été, tout ce qui est, tout ce qui adviendra. Détenteur d’un pouvoir immense, il fait toutefois l’expérience d’une solitude sans pareille et se retrouve en complète disharmonie avec toutes les autres espèces qui, elles, prennent plaisir à apprendre en se trompant. Tout ce qui est d’ordinaire sublime et passionnant lui devient familier, et terne, alors que face à toutes les horreurs et les souffrances du monde, il se tient impuissant et désemparé. Anéanti, le passereau projette de mettre un terme à ses jours mais ses anciens camarades lui conseillent, avant cela, de s’en remettre au feu — maître par excellence de l’oubli. Ainsi, toute une nuit durant, l’oiseau confie son savoir aux flammes et à l’aube, il a tout oublié. Désormais, il va s’agir pour lui d’apprendre à savourer la vie et la connaissance, datte par datte, jour par jour, entouré des siens.

Créé en 2022 dans le contexte d’une résidence d’artistes à AlUla[1], The Date Fruit of Knowledge utilise la technique du stop- motion, une première pour l’artiste. À partir d’une économie formelle de moyens, AlFaraj nous convie au sein d’un dispositif vidéographique immersif, qui s’inscrit à mi-chemin entre la performance live et son archive. Afin d’instaurer une mise en abyme, l’artiste superpose, dans la voûte de la galerie Mennour, la terre saoudienne — qui est celle de son atelier en plein air — à un lit de sable fin déposé sur la surface de projection. Non sans rappeler les techniques du cinéma haptique à travers lequel « les yeux fonctionnent comme des organes du toucher[2] », AlFaraj crée les conditions d’un partage du moment présent. Hic et nunc. Un parti pris que l’on retrouve également dans le film Glimpses of Now, débuté en 2015. Conçu comme une mosaïque ou base de données hybride, l’œuvre propose une série de scènes du quotidien filmées avec son téléphone. Mises bout- à-bout pour composer une architecture mobile, les séquences s’assemblent, s’entremêlent, s’additionnent. En perpétuelle évolution, le scénario poétique se voit remanié au jour le jour ; les plans segmentés, allongés, rognés, ou à contrario écartés, abandonnés, supprimés. « En positionnant deux images l’une à la suite de l’autre, je cherche, explique l’artiste, à faire émerger une troisième et nouvelle signification[3] ».

AlFaraj participe à une production visuelle et narrative qui documente les changements et les tensions existant entre les environnements urbains et naturels, les fractures entre traditions et progrès, les écarts générationnels, les revendications citoyennes, les problématiques soulevées par la nécessaire préservation environnementale. On retrouve le palmier et son fruit aussi bien dans sa pratique picturale, photographique et sculpturale. Les possibilités de coexistence entre les espèces vivantes et la nature sont une source d’inspiration permanente. Comme autant de zones sensibles, ses œuvres se font le témoin de la complexité des relations qui occupent un paysage mondial en constante mutation. Dans une ère post-anthropocène, l’oiseau se nourrit ainsi de ce qui le compose, et l’humain dominant n’est plus. Faisant écho aux écrits de Jean-Luc Nancy, AlFaraj célèbre l’interdépendance encore fertile des espèces. Comme l’oiseau migrateur réitère et répand, de vols en vols, son chant, l’artiste partage les légendes qu’il invente pour venir enrichir un imaginaire à vocation universelle.

—Megan Macnaughton

1 - Le programme AlUla Artist Residency a été créé en 2021 dans le cadre d’une collaboration entre la Commission Royale pour AlUla (RCU) et l’Agence française pour le développement d’AlUla (Afalula).

2 - Marks, L. U., The Skin of Film: Intercultural Cinema, Embodiment and the Senses, Durham, Duke University Press, 2000, p. 162.

3 - Mohammad AlFaraj, correspondance écrite, 2023.

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