Ended Dec 17
Iván Argote
Prémonitions
Oct 15 – Dec 17, 2022
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Perrotin is pleased to present Prémonitions a solo exhibition of Iván Argote. On this occasion the artist presents a new body of paintings and sculptures. Concurrently, the artist presents Air de jeu at the Centre Pompidou, as part of his nomination for Marcel Duchamp Prize. These two exhibitions feed back into each other, one prefiguring the contours of the other in an endless spiral.
Iván Argote is a sensitive artist. Constantly listening to the world around him, it is with tenderness that he studies the inner murmurings of men and the societies that they have built for themselves, often through illusions. Fragile foundations, an earth constantly trembling, thin as the layer of tar on a road laid bare by the umpteenth construction site in the city of Paris, on which, however, the ego of the powerful has erected empires and monuments. The heroic figures of the national narrative and the monuments dedicated to them are precisely subjects towards which the artist directed his critical gaze for the past several years.
Through a series of interventions in the public space, Iván Argote plays with the collective perception and tests the particular relationship we have with history and its artifacts. By simulating the removal of a statue in honor of Marshal Joseph Gallieni in Paris (Au Revoir Joseph Gallieni, 2021), the relocation of a sculpture dedicated to Christopher Columbus in Madrid (Paseo, 2022), and finally a Levitation of the Flaminio obelisk in the Piazza del Popolo in Rome, a summer 2022 performance as part of his residency at the Villa Medici, the artist reveals our attachment to the fictional narratives that constitute the history of nations. Like children unable to symbolically cut the umbilical cord, we want to continue to believe in our heroes, in their discoveries and their virtuous triumphs, which are as factual as Hans Christian Andersen’s fairytales.
Iván Argote is not a teacher, however. Like an experienced director of our psychological spaces, he is happy to redirect the light, to guide the gaze, to shine a spotlight where sometimes, by looking, the eye has stopped seeing. The guides he summons to enlighten us, for example on the several thousand year old history of Rome and the obelisks that punctuate its landscape, are not without humor: they are pigeons, for example, in the video Post Human.
Produced in a studio decorated with sets painted by the artist, sets that will themselves become works in their own right, Post Human traces the origins of the obelisk as an architectural form, and its instrumentalization as a symbol and public demonstration of power. The irony of the pigeons as guides, as numerous as the tourists who flock to the same places of pilgrimage that these famous cities and squares have become, is not unrelated to that of the contemplation of these great architectural gestures that have become tourist trinkets, sold on the street and carried home in a pocket. Reverence and popularization. Fragments of monuments, in the form of an installation of soft sculptures made by the artist, amplify the idea of mobility and immutability of sculptures and monuments in the public space.
Alongside the three films and the installation presented by the artist at the Centre Pompidou as part of his nomination for the Marcel Duchamp Prize, Iván Argote presents a new set of paintings and sculptures at Perrotin. In a game of self-reference where even accidents can seem pre-meditated, these two exhibitions and the places, films, paintings, sculptures and installations they present feed back into each other, one prefiguring the contours of the other in an endless spiral.
That the exhibition is entitled Prémonitions is not insignificant. The Fallen series of paintings sees the artist returning to this medium, after several years exploring different materials such as concrete. Fragments of obelisks, empty pedestals and amputated monuments stand out in gradations of pastel tones: grayish, yellow or evoking the radical tenderness of millennial pink, like a prophetic dream of the end of a patriarchal and ecologically suicidal society. Collapsed monuments become fountains, sources of overflowing life, and luxuriant branches cut across the concrete, indicating nature regaining its rights. As is often the case with Iván Argote, nothing is final. The end of monuments seems to go hand in hand with the end of humanity, and pink is, unfortunately, a color that technically does not exist: an amalgam of colors close to each other, constituted by our imagination. Are we collectively capable of true self-criticism?
—Olivia Anani
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La galerie Perrotin est heureuse de présenter Prémonitions, une exposition personnelle d’Iván Argote dans laquelle l’artiste présente un nouvel ensemble de peintures et de sculptures. Dans le cadre de sa nomination au Prix Marcel Duchamp, l’artiste présente dans le même temps l’exposition Air de jeux au Centre Pompidou. Ces deux expositions se rétro-alimentent, les uns préfigurant les contours des autres dans une spirale sans fin.
Iván Argote est un artiste (du) sensible. Constamment à l’écoute du monde qui l’entoure, c’est avec tendresse qu’il se penche sur les bruissements intérieurs des hommes et des sociétés que ceux-ci se sont construites, bien souvent, à force d’illusions. Des fondations fragiles, une terre en tremblement constant, fine comme la couche de goudron d’une chaussée mise à nu par un énième chantier de travaux de la ville de Paris, sur laquelle pourtant, l’ego des puissants a érigé empires et monuments. Les figures héroïques du récit national et les monuments qui leur sont dédiés sont justement depuis plusieurs années, des sujets vers lesquels l’artiste a dirigé son regard critique.
À travers une série d’interventions dans l’espace public, Iván Argote se joue de la perception collective et teste le rapport tout particulier que nous avons à l’histoire et ses artéfacts. En simulant à Paris, l’enlèvement d’une statue en l’honneur du maréchal Joseph Galliéni, (Au Revoir Joseph Gallieni, 2021), à Madrid la relocalisation d’une sculpture dédiée à Christophe Colomb (Paseo, 2022), et enfin à Rome, avec une Levitation de l’obélisque Flaminio sur la Piazza del Popolo, performance réalisée à l’été 2022 dans le cadre de sa résidence à la Villa Médicis, l’artiste révèle notre attachement aux récits fictionnels qui constituent l’histoire des nations. Comme des enfants incapables de couper, symboliquement, le cordon ombilical, nous voulons continuer de croire en nos héros, en leurs découvertes et en leurs triomphes vertueux, pourtant aussi factuels que les contes d’Andersen.
Iván Argote n’est pourtant pas donneur de leçons. Comme un régisseur expérimenté de nos espaces psychologiques, il se contente de réorienter la lumière, de guider le regard, de braquer un projecteur là où parfois, à force de regarder, l’oeil a cessé de voir. Les guides qu’il convoque pour nous éclairer, par exemple sur l’histoire plusieurs fois millénaire de Rome et des obélisques qui ponctuent son paysage, sont non sans humour : ici, des pigeons, dans la vidéo Post Human.
Réalisée dans un studio orné de décors peints par l’artiste, décors qui deviendront eux-mêmes des œuvres à part entière, Post Human retrace les origines de l’obélisque comme forme architecturale, et son instrumentalisation comme symbole et démonstration publique du pouvoir. L’ironie des pigeons comme guides, eux qui sont aussi nombreux que les touristes qui se pressent sur les mêmes lieux de pèlerinage que sont devenues ces villes et places célèbres, n’est pas sans lien avec celle de la contemplation de ces grands gestes architecturaux devenus des breloques de touristes, vendues à la sauvette et que l’on emporte chez soi dans une poche. Révérence et vulgarisation. Des fragments de monuments, prenant la forme d’une installation de sculptures douces réalisées par l’artiste viennent amplifier l’idée de mobilité et d’immuabilité des sculptures et monuments dans l’espace public.
En parallèle aux trois films et à l’installation présentés par l’artiste au Centre Pompidou dans le cadre de sa nomination au Prix Marcel Duchamp, Iván Argote présente à la galerie Perrotin un nouvel ensemble de peintures et de sculptures. Dans un jeu d’auto-référence où même les accidents semblent parfois prémédités, ces deux expositions de l’artiste et les lieux, films, peintures, sculptures et installations qu’elles présentent se rétro-alimentent, les uns préfigurant les contours des autres dans une spirale sans fin.
Que l’exposition s’intitule Prémonitions n’est pas anodin. La série de peintures Fallen voit l’artiste se repencher sur ce médium, après plusieurs années passées à explorer des matériaux différents tels que le béton. Des fragments d’obélisques, des socles vides et des monuments amputés, se distinguent dans des dégradés de tons pastels: grisâtres, jaunes ou évoquant la tendresse radicale du rose millenial, comme un rêve prémonitoire de la fin d’une société patriarcale et écologiquement suicidaire. Les monuments effondrés deviennent des fontaines, sources de vie débordantes, des branchages exubérants traversent le béton, indiquant une nature qui reprend ses droits. Comme souvent chez Iván Argote, rien n’est pourtant final. La fin des monuments semble aller de pair avec la fin de l’humanité, et le rose est malheureusement, une couleur qui techniquement, n’existe pas : un amalgame de couleurs proches, constitué par notre imagination. Sommes-nous collectivement au fond, capables de réelle autocritique?
—Olivia Anani










