Ended Oct 6

Matthew Lutz‑Kinoy

Bowles

Sep 4 – Oct 6, 2018

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At the outset of Matthew Lutz-Kinoy's first exhibition at the gallery kamel mennour, there is the living memory of a journey between the East and the West: the imaginary of Tangier fixed in the ethereal reveries of American writers and artists who escaped their lives to colonize the city's places, objects and bodies.

'Still today, the image of Tangier remains more or less unchanged. People have not ceased to come here, dreaming of diving into the 1940s atmosphere of excess and prodigality. They sometimes even pretend that the dream has turned into reality', wrote Paul Bowles at the end of his life. With a cruel irony, he most accurately described the cultured elite’s fascination with Orientalism.

The exhibition in part reflects and outlines the lives of Jane and Paul Bowles. A diabolical and nomadic couple, a homosexual couple that wandered Tangier's inter-zones, as a pair as well as separately, drawn by the traffic of lovers and drugs, pallid predators roaming the labyrinthine alleys of the white city. Only lovers left alive... They are indeed depicted in the exhibition's paintings: Paul in an obscene Balthus-like posture and Jane as a tortured elf, drawn in a naturalist fashion that resurfaces her tragic and grotesque destiny.

The exhibition finds its origins in the exotic visions of a border-city – a paradise, a mirage, a place of decadence, loss and possession. The show additionally intercepts the light's muted and turbulent energy, the color's vibration, and the power of animal representation. Matthew Lutz-Kinoy's beasts join Géricault's great mythical figures, his flying horses, and Delacroix's big cats. Shapes whose representations of morphology, movement and violence are reinforced by the nervous intensity of pure colors.

These oriental sensations allow Matthew Lutz-Kinoy to introduce a multitude of details, figures and ornaments; their coloration, platitude and brilliance alternatively pacify or excite the painting's parts. Like poetic and poisonous flowers, born from an urge to paint that seems infinite. There are no real-life models corresponding to these exuberant flowers, neither carnations nor peonies. They are impressions of an invented vegetation, of the idea of a garden or a chromatic surface, the notion of red as a unique horizon.

From the image of the Bowles couple to the ones painted on the surface of the bowls (the large ceramic basins filled with water and displayed on the gallery's floor), Matthew Lutz-Kinoy introduces homonymy or homophony effects – ambiguities between subjects and things, places and times, an indistinct passage between referents and signifiers – into the exhibition's language.

In Matthew Lutz-Kinoy's work, ceramics holds a very special place. The basins – inspired by Hispano-Moorish earthenware and characterized by their tin-based enamel, by green hues and manganese, by the blue and white decors – compose a mobile garden, a reflecting landscape that interacts with the paintings' floating structures as well as with the gallery's architecture.

Throughout this totalizing display, solely made of new works, one rediscovers the internal logic already found in the artist's previous shows: the aim to confine outdoor spaces, different eras of time and epochs, forms and tastes, within an enclosed space. The intention to form a space bearing all the eras of time, a space outside of time which would nonetheless function as the space of our modernity.

- Stéphanie Moisdon

Matthew Lutz-Kinoy (b. New York, 1984) lives and works in Los Angeles and Paris.

Recent solo exhibitions include: Le Consortium, Dijon (2018); Mendes Wood DM, Sao Paulo (2017); MoMA PS1, New York (2016); Freedman Fitzpatrick, Los Angeles (2016); Pro Choice, Paris (2014); Elaine – Museum für Gegenwart Kunst, Basel (2013); and Kunsthalle Baden- Baden (2013). Recent group shows include: Depart Foundation, Los Angeles (2017); Oracle Berlin (2017); and Almine Rech (2017).

His work is in the collections of the FRAC Aquitaine, the ADN Collection, Bolzano, and the Syz Collection, Geneva.

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À l’origine de cette première exposition de Matthew Lutz-Kinoy à la galerie kamel mennour, il y a le souvenir vivant d’un voyage entre l’Orient et l’Occident : l’imaginaire de Tanger figé dans les rêveries éthérées de ces écrivains et artistes américains qui fuyaient l’ennui de leur vie pour coloniser les lieux, les choses et les corps.

« Aujourd'hui encore l'image de Tanger reste à peu près inchangée. Les gens y viennent toujours en rêvant de se plonger dans l'atmosphère faite d'excès et de prodigalité qui régnait ici dans les années quarante ; parfois, ils prétendent même que le rêve est devenu réalité. », écrivait Paul Bowles à la fin de sa vie, celui qui a le mieux décrit, avec une ironie cruelle, la fascination orientaliste d’une élite culturelle.

C’est en partie la vie des Bowles que l’exposition réfléchit et découpe, celle de Paul et Jane, couple infernal, nomade, couple homo qui a erré, ensemble et séparément, dans l’interzone de Tanger, aspiré par le commerce des amants et des drogues, prédateurs livides glissant dans les ruelles labyrinthiques de la ville blanche. Only lovers left alive... Ce sont bien eux qui figurent dans les tableaux de l’exposition, Paul dans une posture obscène balthusienne ; Jane, elfe torturé, dont le dessin naturaliste fait revivre le destin tragique et grotesque.

L’exposition trouve son origine dans ces visions exotiques d’une ville frontière, paradis, mirage et lieu de décadence, de perte et de possession. Mais aussi dans l’énergie sourde et tumultueuse de la lumière, la vibration de la couleur, et la puissance de la représentation animalière. Les bêtes de Matthew Lutz-Kinoy rejoignent les grandes figures mythiques de Géricault, ses chevaux volants, et les fauves de Delacroix, où la représentation de la morphologie, du mouvement, de la violence est renforcée par l’intensité nerveuse des couleurs pures.

Ces sensations d’Orient permettent à Matthew Lutz-Kinoy d’introduire quantité de détails, de figures et d’ornements dont la coloration, la platitude ou l’éclat viennent pacifier ou exciter les parties du tableau. Comme ces fleurs poétiques et vénéneuses, nées d’une fureur de peindre que l’on dirait infinie. Il n’y a pas de modèle véritable à ces fleurs exubérantes, ni œillets ni pivoines. Ce sont des impressions d’une végétation inventée, l’idée d’un jardin et d’une surface chromatique, l’idée du rouge comme unique horizon.

De l’image du couple Bowles à celles peintes à la surface des bowls, grands bassins en céramique remplis d’eau et disposés sur le sol de la galerie, Matthew Lutz-Kinoy introduit dans le langage de l’exposition des effets d’homonymie ou d’homophonie, c’est-à-dire une ambiguïté entre les sujets et les choses, les lieux et les temps, un passage indécidable entre les référents et les signifiants.

Dans l’œuvre de Matthew Lutz-Kinoy la céramique occupe une place très particulière et ces bassins inspirés de la faïence hispano- mauresque, caractérisés par la fabrication à émail stannifère, les verts et manganèse, les décors bleu et blanc, composent un jardin mobile, paysage réfléchissant qui interagit avec la structure flottante des peintures et l’architecture de la galerie.

À travers ce dispositif totalisant, constitué de pièces toutes inédites, on retrouve la logique interne des expositions précédentes de l’artiste : la volonté d’enfermer dans un lieu clos des espaces extérieurs, les temps et les époques, les formes et les goûts ; l’idée de constituer un lieu de tous les temps qui soit lui-même hors du temps et qui serait pourtant celui de notre modernité.

- Stéphanie Moisdon

Matthew Lutz-Kinoy (né à New York en 1984), vit et travaille à Paris et Los Angeles.

Ses expositions personnelles récentes ont notamment eu lieu au Consortium, Dijon (2018) ; au Mendes Wood DM, São Paulo (2017) ; au MoMA PS1, New York (2016) ; au Freedman Fitzpatrick, Los Angeles (2016) ; au Pro Choice, Paris (2014) ; au Elaine – Museum für Gegenwart Kunst, Bâle (2013) ; et à la Kunsthalle Baden-Baden (2013). Il a également participé à des expositions collectives à la Depart Foundation, Los Angeles (2017) ; à Oracle Berlin (2017) ; et à la galerie Almine Rech (2017).

Son travail fait partie des collections du FRAC Aquitaine, de l'ADN Collection, Bolzano, et de la Syz Collection, Genève.

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