Ended Apr 21
Martin Kersels
Disc-O-Graphs (Disques-O-Graphiques)
Mar 15 – Apr 21, 2018
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When François Dufrêne, barely sixteen years old, joined the letterist movement shortly after its foundation in 1946, Martin Kersels had not yet been born. Dufrêne had only known Paris, the throes of war, and the lives and consciences that it tore apart. France was finding it hard to come to terms with the dark times of occupation, and it can be felt in the art that followed it: morose and existential. A grave art and a “white”, muted poetry. Kersels was born in 1960, in the midst of the California Dream. It is a well-known story: emancipation was everywhere in 1960s California.
On paper, there appears to be no connection between these two artists, who emerged in extremely different contexts. And yet, at the end of the war, Dufrêne and his lettrist friends were the first to explode the European academic torpor.
In 1952, he produced the film Tambours du jugement premier (First Judgement Drums). Without a film reel and without a projection, the action took place in the theatre. This film was certainly the first French post-war happening. In 1952, he was also one of the cofounders of the review Le Soulèvement de la Jeunesse, an ebullient preface to May 1968.
The letterists were also among the first to deal openly with homosexuality, prostitution, drugs through their psychotropic frenzies, or exploited minorities through their support of
Algerian rebels. They too made great strides in emancipation. But their story is much less well-known, “secret”, as Grail Marcus wrote of them.
Dufrêne was a poet, resolutely a poet. Anyone who knew him remembers a formidable onstage presence, with his famous Scream-rhythms, oral performances with dislocated semantics. He became a plastic artist after meeting, and then being mentored by, Raymond Hains and Jacques Villeglé, which allowed him to further explore his letterist experiments by becoming a “poster artist”. But Dufrêne exhibited his posters stuck on backwards, calling them DOS, DESSOUS or ENVERS (back, underside, behind).
This subterfuge gave a unique patina to his canvases, reversing the meaning and the readings of the words on the posters, in the form, as he put it himself, of “rearranged scraps”. A concrete and upside-down poetry.
Martin Kersels is not a poet. But he is also an exceptional performer, who began in 1984 to play with the constraints of his cumbersome body. His sculptures or creations are often pretexts for producing all kinds of actions, like Rickety, (2007), a scene entirely made up of “old battered furniture”. As for Orchestra for the idiots, (2005),it is an installation of about twenty sculpted objects made of a motley collection of elements, “at arms’ reach”;activated, they produce a bruitist concert, a “stupid concert” for which the artist is the sole conductor. Kersels does not work on the underside, but instead truly turns things upside-down, like his Tumble Room, (2001), a full-size replica of a tidy little girl’s room, which actually turns over on itself, until the total destruction of all its furnishings.
For his exhibition at the George-Philippe and Nathalie Vallois gallery, Kersels is showing his Disc-o-graphs (Disques-o-Graphiques); diverse objects made by arranging parts of furniture and pop music record covers. In the other rooms, a piece by Dufrêne from 1964 decomposes into distinct letters (the founding principal of letterism) the word MOT-NU-MENTAL from backward posters. Out of these two ensembles emerges a game of associations of shapes and images, all an exercise in superpositions. There is also a feeling of obsolescence, a desire to make something out of the old, to retrieve what can still exist. There is nothing digital in any of this, as though the 50s and 60s of the previous century met by separate paths. But there is above all a desire to bring together two crucial and outstanding artists, who ceaselessly “turn the tables”, as one would say to shake the codes of propriety. The word “monumental” sticks to them, both literally and figuratively.
- Éric Mangion
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Martin Kersels n’était pas encore né lorsque François Dufrêne rejoint en 1946 les Lettristes peu de temps après leur formation. Dufrêne n’a connu que Paris, la guerre et ses convulsions. La France digère mal les sombres heures de l’occupation. L’art qui suit s’en ressent : morose et existentiel. La peinture est grave et la poésie se fait « blanche », muette. Kersels naît en 1960 en plein California Dream. L’histoire est connue : la Californie des années 1960 est le territoire de toutes les émancipations.
Rien sur le papier ne semble donc réunir deux artistes qui ont émergé dans des contextes fort éloignés. Et pourtant, au sortir de la guerre, Dufrêne et ses amis lettristes furent les premiers à faire exploser les torpeurs académiques européennes.
En 1952, Dufrêne produit le film Tambours du jugement premier. Sans pellicule et sans image projetée, l’action est dans la salle. Ce film est certainement le premier happening français de l’après-guerre. Toujours en 1952, il est l’un des cofondateurs de la revue
Le Soulèvement de la Jeunesse, bouillant préambule de mai 1968. Les lettristes sont également parmi les premiers à aborder frontalement l’homosexualité, la prostitution, la drogue au travers de leurs dérives psychotropes ou les minorités exploitées par leur engagement auprès de rebelles algériens. Eux aussi vont donc très loin dans l’émancipation. Mais leur histoire est bien moins connue, elle est « secrète » écrivait Grail Marcus à leur propos.
Dufrêne est poète, résolument poète. Il est même l’un des premiers à introduire des sons enregistrés dans ses poèmes ou à modifier ces derniers par des collages de bandes magnétiques. Les mots sont pour Dufrêne des projectiles. Tous ceux qui l’ont connu se souviennent d’une formidable présence scénique, avec ses fameux Cri-rythmes et performances vocales qui désarticulent la sémantique. Artiste plasticien, il le devient par la rencontre en 1954 avec Raymond Hains et Jacques Villeglé qui lui permettront de prolonger ses expérimentations lettristes en devenant un « affichiste ». Mais Dufrêne expose ses affiches décollées à l’envers, les nommant DOS, DESSOUS ou ENVERS.
Ce subterfuge donne une patine très particulière à ses toiles tout en inversant le sens de la lecture des mots contenus sur les affiches.Martin Kersels n’est pas poète. Mais il est lui aussi un performeur exceptionnel qui a commencé en 1984 à jouer avec les contraintes de son corps encombrant. Ses sculptures ou ses dispositifs sont souvent des prétextes à produire toutes sortes d’action comme Rickety, (2007), scène entièrement constituée de « vieux meubles cabossés ». Orchestra for the idiots, (2005), est, quant à elle, une installation composée d’une vingtaine d’objets sculptés issus d’éléments hétéroclites, « à portée de main », destinés à être activés afin de produire un concert bruitiste dont l’artiste est le seul metteur en scène. Si Kersels ne travaille pas sur l’envers, il renverse véritablement les choses, comme cette Tumble Room, (2001), architecture de chambre de petite fille à échelle 1, bien ordonnée, qui subit un mouvement circulaire sur
lui-même, jusqu’à la destruction totale de son mobilier intérieur.
Martin Kersels présente sa _Disc-O-Graphs (Disques-O-Graphiques)_constituée d’objets construits par agencements de morceaux de meubles et des pochettes de disques de musique pop. Dans les autres salles, une pièce de Dufrêne de 1964 décompose en lettres distinctes (le principe fondamental du lettrisme) le mot MOT NU MENTAL. Il se dégage de ces deux ensembles un jeu d’associations de formes et d’images, le tout dans un exercice de surimpression. Se dégage aussi une sensation d’obsolescence, une volonté de faire avec de l’ancien, de récupérer ce qui peut encore exister. Il n’y a rien de numérique dans tout cela, comme si les années 50 et 60 du siècle passé se rejoignaient par des voies distinctes. Il y a surtout la volonté de réunir deux artistes fondamentalement hors-normes, qui n’ont eu de cesse de « renverser la nappe » comme on dit quand on veut bousculer les codes de la bienséance. Le mot « monumental » leur colle à la peau, au sens propre comme au figuré.
- Éric Mangion










