Ended

Naoki Sutter-Shudo

Le Sol L'humeur le Ciel les Murs

Jun 6 – Jul 26, 2025

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—Art is always related to notions of time and space. In his essay on Laocoon, Lessing asserts that sculpture has to do with the expansion of bodies in a given space, whilst poetry/literature is concerned with actions unfolding in time. Art of time Versus art of Space. The passing of time Versus time frozen. Mouvement Versus Stillness.

Lessing says something very beautiful: that the distress at the sight of pain on Laocoon’s face is transformed into pity through beauty. That’s kind of what the sublime is about.

But the question of space and time is summed up in a somewhat too confrontational way in his view… Especially since Laocoon, to take an example of a sculptural masterpiece, is… How to put it? This sculpture is what it is because time has taken parts away from it. This sculpture is what it is because time has removed parts of it. It’s basically the thesis of Marguerite Yourcenar in her book, Le Temps, ce grand sculpteur. This is truly fascinating : how time can improve or transform a piece of art. Especially sculpture, which is truly something physical, something that occupies space and takes up room.

But it also exists in time.

All the materials that make it up will register the time that goes by.

Then there’s also all the time spent making these sculptures, with the idea that for them to withstand time they need time to be born - an important time of gestation.

—How does that show up in your work? Do you set yourself deliberate constraints?

These are sometimes laborious steps, layers and layers of primer, materials that often are a little old, a little toxic, that we don’t use much any more, but this way they hold up better.

In concrete terms, to get the finish I want, I often have to do eight, nine coats, and consider time for sanding, drying and adjustment. These contraints I imposed on myself are not rational. Time becomes sort of vital energy. There’s something almost superstitious about it, almost religious : you’ve spend time, you’ve use toxic materials that drain your life force, and you pour that energy into a form that isn’t alive, but that you bring to life - that you animate - in the sense of “anima,” spirit. Animism. When I work, I often think about devotion, as a kind of inner force or calling, perhaps from somewhere beyond the human realm.

—Your sculptures seem to reference precise, intricate objects, as if they served some unknown purpose, held a hidden meaning…

All objects serve a purpose, in some dimension or other. But we’re not always aware of it. For exemple, I buy and collect objects I find in flea markets. Sometimes, in Japan or California, I find tools whose purpose no one remembers. Like relics of a foreign culture we have no access to, or remnants of a long-lost civilization.

It’s like forgotten words. In every page of Huysmans, I come across words that have disappeared.

In a way, sculpture might be, for me, the most direct way to give something presence, to animate what’s inanimate, to create a presence that makes you move through space. To create something that captures more than its material, but time too. It’s about making things exist. That’s what we have.

And poetry, language, really, it’s all we have. Words and things.

In everyday life, there are moments that feel like miracles or visions, revealing forms that uncover possibilities or beauty, already there or still unfolding. Then, afterwards, we try to recreate those moments or to make new ones. That’s what the work is.

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—L’art a toujours à voir avec les notions de temps et d’espace. Dans son essai sur le Laocoon, Lessing affirme que la sculpture a à voir avec le déploiement des corps dans l’espace tandis que la poésie/littérature dépeint des actions dans le temps. Art du temps Versus art de l’espace. Temps qui passe Versus temps arrêté. Mouvement Versus Immobilité.

Lessing dit une chose très belle : que la détresse à la vue de la douleur sur le visage de Laocoon est transformée en pitié grâce à la beauté. C’est un peu ça qui est sublime. Mais la question de l’espace et du temps, elle est résumée de façon un peu trop confrontationnelle chez lui… D’autant plus que Laocoon, pour prendre un exemple d’un chef-d’œuvre de la sculpture, c’est… Comment dire ? Cette sculpture, elle est ce qu’elle est parce que le temps lui a enlevé des parties. C’est la grande idée de Marguerite Yourcenar dans son livre, Le Temps, ce grand sculpteur. Ça, c’est fascinant : comment le temps améliore ou transforme une œuvre d’art. Surtout la sculpture qui est vraiment quelque chose de physique, qui est dans l’espace et qui prend de la place. Mais elle est dans le temps aussi.

Tous ces matériaux qui la composent vont enregistrer tout le temps qu’ils passent.

Puis il y a aussi le temps passé à faire ces sculptures, avec cette idée que pour qu’elles résistent au temps, elles ont besoin de temps pour naître, un temps de gestation important.

—Comment cela se manifeste dans ton travail? Tu te crées des contraintes volontaires ?

Ce sont des étapes parfois laborieuses, des couches et des couches d’apprêt, des matériaux un peu anciens, un peu toxiques, aussi, qu’on n’utilise plus trop, parce qu’ainsi, cela résiste mieux.

De façon très concrète, souvent, pour avoir une finition qui me convient, il faut que je fasse huit, neuf couches, des temps de ponçage, de séchage, d’ajustement. Ces contraintes que je me crée ne sont pas rationnelles. Le temps devient une sorte d’énergie vitale. Il y a quelque chose de l’ordre de la superstition, de la croyance : tu passes du temps, tu utilises des produits toxiques, qui t’enlèvent de l’énergie vitale et tu la transfères dans une forme qui n’est pas vivante, mais que tu animes, dans le sens de anima, esprit. Animisme. Au travail je pense beaucoup à l’idée d’une dévotion, d’une motivation qui dépasse peut-être une échelle uniquement humaine.

—Tes sculptures font référence à des objets précis, détaillés, qui auraient une fonctionnalité qui nous échappe, un sens caché…

Tous les objets ont une fonction dans une certaine dimension. Mais on ne la connait pas forcément. Par exemple, je collectionne, j’achète des objets dans les brocantes. Parfois, je trouve des outils dont personne ne sait plus me dire à quoi ils ont pu servir, au Japon, en Californie. Comme des objets d’une culture étrangère à laquelle on n’a pas accès, ou une culture ancienne disparue. C’est comme les mots oubliés. Dans chaque page d’un Huysmans je rencontre des mots disparus. En fait, la sculpture, c’est peut-être pour moi la façon la plus directe de donner une présence, d’animer ce qui est inanimé, de fabriquer une présence qui te fait bouger dans l’espace, mais qui enregistre plus que de la matière, donc du temps aussi. C’est faire exister des choses. C’est ce qu’on a.

Et puis la poésie, le langage, en vrai c’est tout ce qu’on a, aussi. Les mots et les choses.

Au quotidien il existe bien des moments vécus comme des miracles ou des visions, de formes révélatrices, révélatrices de possibilités, de beauté, déjà actuelle ou à venir. Puis ensuite on essaie de rendre ces moments ou d’en faire des nouveaux. C’est le travail, ça.

While you’re in Saint-Germain

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