Ended Dec 1
Cooper Jacoby
Susceptibles
Oct 18 – Dec 1, 2018
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A belligerent mode of attack, wars of attrition aim to grind an enemy down until their resources – be it corporeal, material or capital – are exhausted to the point of collapse. The victor in such a scenario is that with the most resources remaining – not whomever started from a point of advantage, but who has managed to salvage whatever materials from the violent grind. Attrition, stemming from the Latin “atterere” translates to rub, chafe, grind, or wear, weaken and impair. Ultimately none of these attacks are penetrative, they are that which leaves the flesh raw, bloodied and most importantly, lacking of its permeable, yet protective, skin.
Akin to a game of chicken which asymptotically approaches mutually assured destruction, attritional warfare may be premeditated or not, a strategy where assailants either have a war chest of hidden reserves or a post rationalization when options run out. From a viewer’s perspective, one could mistake something that looks like chaotic annihilation to be calculated multi-dimensional chess, and thus a logical fallacy of post hoc ergo propter hoc, or “after this, therefore because of this”. It’s an easy leap to make – a correlation appearing to suggest causality.
The metaphors of anachronistic warfare can only take us so far. While the binary of assailants and assailed clearly delineated within the temporal confines of war may seem anachronistic, the confusion in causality and dispersed points of attack describe a contemporary lived experience of bodies in pain. A simple example of causal confusion: I moved into a new house beside a turbine windmill field and developed tinnitus, therefore the turbine windmills have caused my tinnitus. A next step in complexity: my feelings of fatigue, eye pain, burning sensation and rashes have suddenly appeared. Limiting my electromagnetic field exposure has reduced these symptoms. Therefore EMF radiation is the cause.
And so it goes with many symptoms of idiopathic diseases which either appear spontaneously or for which the cause is unknown. Idiopathic translates loosely from Greek to “a disease of its own kind,” autonomous in a sense from an external logic of cause and effect. The contemporary body affected by such diseases often sit casted under the shadow of doubt. Without identifiable or symptomatic linkage between cause and effect, those that endure idiopathic diseases suffer the paradox laid out by Elaine Scarry’s The Body in Pain: The Making and Unmaking of the World that to “to have great pain is to have certainty; to hear that another person has pain is to have doubt.”
The contemporary subject must protect oneself from a multitude of decentralized threats so atmospheric and varied that the vertigo produced by a deluge of compounded, threatening variables leads to another fallacy of attributing causality to a singular element rather than a composite of variables for which there is no one singular solution. In such complex systems, a finger in the dam may be all that is available in a moment when all other arms and legs are occupied. As subjects depleted through an ongoing war of attrition, we are limited to palliative rather than prophylactic measures, treating one symptom but not the many-faced cause. The presence of new attacks are rarely detected except for the canaries, the most vulnerable bodies. To all else, we may not notice a levee has breached because the cues of alarm, risk and prognosis have all been drowned out by the brutal logic of attrition. As a grindstone sharpens objects, so do our bodies grind down to flints against the ever sharpening sheath of an annihilatory infrastructure that kills slowly through deterrence, discomfort, chronic pain through repeated motion, inhalation of invisible particles, ambling with friction towards a slow death, leaving our bodies as flints hoping only to become a spark for our own self immolation.
- Dena Yago
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Agressions explicitement belligérantes, les guerres d’usure (“wars of attrition” en anglais) visent à amener l’ennemi au point d’effondrement par l’épuisement de ses ressources - corporelles, matérielles ou financières. Le vainqueur d’un tel scénario, qui n’a pas nécessairement commencé dans une position avantageuse, est celui qui en ressort avec le plus de ressources résiduelles et qui a réussi à sauver une partie de son équipement de la violence du conflit. Le mot anglais «attrition» dérive du latin «atterere», traduit par «frotter, gratter, broyer» ou encore «user, fatiguer, nuire». En définitive, aucun de ce type d’attaques n’est efficace : elles laissent la chair à vif, privée de sa peau qui, bien que perméable, est protectrice.
Comparable au jeu de la poule mouillée, version du dilemme du prisonnier où deux automobilistes se foncent dessus, et qui tend asymptotiquement à la destruction mutuelle, la guerre d’usure peut être préméditée ou non. Il peut s’agir d’une stratégie préméditée où les assaillants possèdent des réserves secrètes ou une rationalisation a posteriori quand toutes les options ont été épuisées. Du point de vue du spectateur, on pourrait prendre ce qui paraît être une annihilation chaotique pour un jeu d’échec calculé et à plusieurs dimensions. On commettrait alors le raisonnement fallacieux du hoc ergo proter hoc : “après ça donc à cause de ça”. C’est un raccourci compréhensible - la corrélation semblant suggérer une causalité.
Les métaphores guerrières ne vont pas nous amener très loin. Bien que l’opposition binaire entre assaillants et assaillis clairement confinée dans les limites temporaires d’une guerre puisse sembler anachronique, cette confusion causale et la dispersion des points d’attaque décrivent une expérience contemporaine de souffrance corporelle. Voici un exemple simple de confusion causale: j'ai déménagé dans une nouvelle maison à côté d'un champ d'éoliennes et développé des acouphènes. Par conséquent, les turbines des éoliennes ont provoqué mes acouphènes. Au niveau de complexité supérieure: une fatigue généralisée, des douleurs oculaires, une sensation de brûlure et des éruptions cutanées sont apparues soudainement. Limiter mon exposition au champ électromagnétique a réduit ces symptômes. Par conséquent, le rayonnement électromagnétique en a été la cause.
Cela concerne de nombreux symptômes de maladies idiopathiques qui apparaissent spontanément ou dont la cause demeure inconnue. “Idiopathique” dérive du grec et signifie “maladie qui existe par soi-même” ou “maladie autonome, c’est-à-dire indépendante de tout rapport de cause à effet. Le corps contemporain affecté par ce genre de pathologie est souvent regardé avec circonspection. Sans lien visible ou symptomatique entre cause et effet, ceux qui pâtissent de ces maladies souffrent d’un paradoxe expliqué dans le livre d’Elaine Scarry The Body in Pain: The Making and Unmaking of the World : “ souffrir exprime une certitude, entendre que l’autre souffre engendre un doute ”
Le sujet contemporain doit se protéger d’une multitude de menaces décentralisées, atmosphériques ou autres que le vertige généré par le déluge de variables composites et menaçantes amène à attribuer la causalité à un seul élément plutôt qu’à un mélange de causes pour lequel une seule solution n’existe pas. Dans des systèmes d’une telle complexité, empêcher la rupture complète du barrage en bouchant la fuite avec un doigt pourrait être la seule mesure possible puisque tous les autres membres sont déjà occupés. En tant qu’individus épuisés par une guerre d’usure continue, nous sommes limités à des solutions palliatives plutôt que prophylactiques, traitant alors un seul symptôme mais pas leurs causes multiples.
La menace de nouvelles attaques est rarement détectable, à l'exception des canaris, sujets particulièrement vulnérables. Mais nous autres, nous ne pourrions jamais nous apercevoir que la digue est rompue. Les signaux d’alarme et de péril imminent sont étouffés par la logique brutale de la guerre d’usure. Alors que les meules affinent les objets tranchants, nos corps s'effilochent contre le fourreau affûté d'une infrastructure annihilatoire qui tue lentement par la dissuasion, la gêne, la douleur chronique des mouvements répétés et l'inhalation de particules invisibles. Ce chemin tortueux nous conduit vers une mort lente, laissant nos corps comme des silex dans l’espoir de créer une étincelle assurant notre propre auto- immolation.
- Dena Yago





