Ended Apr 15
Susumu Kamijo
The Sun Inside
Mar 18 – Apr 15, 2023
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Perrotin is pleased to present the first exhibition of New York- based Japanese artist Susumu Kamijo at its Paris gallery. For the occasion, the artist showcases a new series of paintings exploring the psychology of the canine.
The dog (canis lupus familiaris) is an ambiguous creature. In ancient Egypt, it was considered a psychopomp, a soul guide, leading the dead to paradise when it was not guarding the gates of hell. Domesticated, altered, and transformed, it nonetheless remains unpredictable today, its primal needs reminding us of this sick nature that threatens us with pandemics and climate change. Initially a hunting dog, the poodle gradually became a pet and then an accessory, exhibited in portraits as a symbol of luxury and fidelity.
Susumu Kamijo discovered these animals – their world and extravagant codes – in dog competitions. The show dog is a symbol of artifice and eccentricity (from its behavior to its coat), and the splendor of dog com- petitions is at times reminiscent of the fashion world: the sophisticated poses of Kamijo’s models, their caricatural looks and accessories – firmly placing the dog on the side of culture in the perennial nature/culture debate – are reinforced by bold color palettes that resemble fashion magazine covers. In these imagined portraits, the dogs are posing, haughty like Ingres’ bourgeois with the prestige of Tamara de Lempicka’s elites.
Susumu Kamijo’s poodles are no longer hunting companions – tamed and adapted – nor are they the distinguished accessories in portraits. In his work, the poodle becomes a clever device, a motif reminding us that Kamijo’s subject is first and foremost painting itself. It’s a classic method. Starting with a familiar element, he reproduces it tirelessly to the point that it becomes automatic, a register of forms and sizes requiring intuition to determine the arrangement of colors and its visual consequences. To slightly misquote Maurice Denis, “remember that a painting, before being a poodle, is essentially a flat surface covered with colors assembled in a certain order.” As a painter, Susumu Kamijo revives some of the explorations that led painting to the frontiers of abstraction, such as simultaneous contrasts of forms and patterns of color. In the history of abstract painting, a motif was often pushed to its figurative limits, and Kamijo’s poodles seemed until recently to follow in the footsteps of Piet Mondrian’s Flowering Apple Tree or Jawlensky’s Mystical Heads. Yet Kamijo’s latest series also moves in another direction, as it does not renounce figuration, striving for more complexity and psychology.
Even though the figures’ faces and mouths remain stoic, one is tempted to see a form of anthropomorphism. Kamijo introduces this psychological dimension by experimenting with minimalist but familiar environments with objects such as a vase or an animal skull, which, for the artist, evoke museum displays. An open window or a painting within a painting turn the surroundings into a reassuring motif. Delving into the depths of the image, he divides the composition into regular legible planes in which he places his creatures, an in-between, keeping the viewers at a distance while also inviting close observation. This comfort of the domestic environment is a key factor in his latest explorations; the living room that humanizes his models is influenced by Francis Bacon, and, as in some of Henri Matisse’s paintings, the figure merges with the décor to create a harmony of composition and a poetry of the everyday. This intrusion of detail, precise and powerful, is also a homage to the Japanese filmmaker Yasujiro Ozu, referencing his extraordinary indoor shots with their deliberately low and persistent angles, celebrating everyday life by finding beauty in the banal and philosophically revealing moments of life punctuated by the frames of doors and windows.
Even though he acknowledges the importance of classical painting and its masters, Susumu Kamijo’s practice cannot be limited to these traditions. The paintings have to be taken for what they are, hallucinatory portraits of poodles that deliberately play with the conventions of portraiture, between homage and mischief, because after all, as he claims: “Life doesn’t make sense. Just live playfully. That’s my way of dealing with life.”
—Matthieu Lelièvre
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La galerie Perrotin est heureuse de présenter la première exposition de l’artiste japonais, basé à New York Susumu Kamijo à la galerie de Paris. À cette occasion, l’artiste présente un nouvel ensemble de peintures qui explore la psychologie de l’animal canin.
Le chien, canis lupus familiaris, cette créature ambigüe. Psychopompe, passeur des âmes dans l’Égypte antique, il conduit les défunts vers le paradis quand il ne garde pas la porte de l’enfer. Domestiqué, altéré, transformé, il reste tout de même imprévisible et nous renvoie à travers ses besoins primaires à cette nature malade qui nous menace avec ses pandémies et le dérèglement climatique. Du chien chasseur, le caniche, dont l’étymologie du nom évoque la chasse au canard à laquelle on le destinait, est devenu progressivement un animal de compagnie, puis un chien d’apparat exhibé comme un accessoire de luxe et de fidélité dans les portraits.
C’est dans les compétitions canines que Susumu Kamijo a découvert ces animaux, leur univers et les codes qui peuvent paraître si extravagants. Car le chien de concours est bien le symbole de l’artifice, de l’excentricité (du comportement à la robe) et l’excellence de ces compétitions peut parfois rappeler le monde de la mode: l’image caricaturale de la sophistication des looks et des accessoires qui situent implacablement le chien du côté de la culture dans l’inaltérable débat nature/culture et les poses sophistiquées prises par les modèles de Kamijo renforcés par des palettes aux couleurs franches qui semblent parfois évoquer les couvertures de magazines de mode. Dans ces portraits imaginés, les chiens trônent en prenant des poses, altiers comme des bourgeois d’Ingres avec le cachet des élites campées par Tamara de Lempicka comme des stars de cinéma. Les caniches de Susumu Kamijo ne sont cependant plus les auxiliaires de chasse des humains, ces êtres amadoués, adaptés, non plus que ces accessoires distingués exhibés dans les portraits.
Le puddle est une astuce, un motif et en cela il rappelle que pour Susumu Kamijo, le sujet est avant tout la peinture. La méthode est classique. Partir d’un élément familier, le reproduire inlassablement au point que celui-ci, automatisé, devienne un registre de formes et de volumes qui nécessitent l’affirmation d’une intuition quant à l’arrangement des couleurs et les conséquences optiques de ses choix. Se rappeler qu’un tableau, avant d’être un caniche, pour paraphraser Maurice Denis, en le trahissant à peine, «est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées.».
C’est ainsi qu’en peintre, Susumu Kamijo renoue avec certaines recherches qui ont conduit l’histoire de la peinture aux frontières de l’abstraction, celle des contrastes simultanés, de formes, des rythmes colorés. Les chemins de l’abstraction ont dans l’histoire de la peinture souvent progressé grâce à un motif repoussé jusqu’à ses propres limites figuratives, et les caniches de Kamijo semblaient jusqu’à récemment aller dans le sens des recherches de Piet Mondrian avec, notamment, ses pommiers en fleur, ou les têtes mystiques d’Alexei von Jawlenski. Mais la peinture de Kamijo semble s’affirmer dans une autre direction, car s’il ne renonce pas à la figuration avec cette nouvelle série, c’est qu’il la souhaite plus complexe, plus psychologique.
Qu’il s’agisse de gueules ou de visages, car l’on peut être tenté de voir une forme d’anthropomorphisme, les figures restent stoïques. Cette psychologie, Kamijo la crée en jouant avec des environnements minimalistes mais familiers et rassurants dans lesquels nous retrouvons des objets tels qu’un vase ou encore le crâne d’un animal qui évoque pour l’artiste les vitrines d’un musée. Une fenêtre ouverte, tableau dans le tableau, conscrit de même le paysage extérieur qui devient un motif rassurant. En creusant la profondeur de l’image, il divise la composition en plans lisibles et réguliers dans lesquels il dispose ses créatures, dans un entre deux, à distance du spectateur, mais assez proche pour le toiser. Ce confort de l’environnement domestique est un enjeu essentiel dans ses dernières recherches : l’artiste indique avoir puisé l’influence de ce salon qui humanise ses modèles chez Francis Bacon. La figure, comme dans certaines peintures d’Henri Matisse, fusionne avec le décor pour créer une harmonie de la composition et une poésie du quotidien. Avec cette intrusion du détail, précis et puissant, c’est aussi au cinéaste japonais Yasujiro Ozu qu’il rend hommage, en lui empruntant ses extraordinaires plans filmés en intérieur, aux points de vue volontairement bas et persistants, qui célèbrent le quotidien en trouvant la beauté dans le banal et en déroulant avec philosophie des instants de vie rythmés par des encadrements de portes et de fenêtres.
Cependant, même s’il reconnait l’importance de la peinture classique et de ses maîtres, forcer à inscrire la pratique de Susumu Kamijo dans ces seules traditions a aussi ses limites. Il faut savoir prendre ses peintures pour ce qu’elles sont: des portraits hallucinés de caniches qui jouent volontiers avec la tradition du portrait, entre hommage et espièglerie. Après tout, selon lui: «La vie n’a pas de sens, il faut vivre en s’amusant ! C’est ainsi que je mène ma vie».
—Matthieu Lelièvre










