Ended Nov 16

Moffat Takadiwa

The Reverse Deal

Oct 12 – Nov 16, 2024

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While visiting the town of Gennevilliers [1] during the preparation of his exhibition Tales of the Big River, Moffat Takadiwa came to realize that the Seine, which encircles the town, has for centuries been used to transport goods arriving from all over the world. He became convinced that the river’s bed bears memories of the raw materials and spices associated with the French colonial era. The vestiges of colonialism and their impact on contemporary societies are recurring themes in the artist’s work.

Moffat Takadiwa’s studio is situated in Mbare, a working-class suburb on the outskirts of Harare, whose informal economy is partially based on the recycling of electronic goods and the sale of second-hand products imported from Europe. Over the past ten years, he has been collecting computer keyboards, used toothbrushes, empty toothpaste tubes and pen casings, as well as bottle caps, plastic bucket handles, spoons and many other objects. More recently, belt buckles and zippers have appeared in the giant tapestries exhibited as part of Zimbabwe’s national pavilion at the 2024 Venice Biennale.

These disparate elements are given new life through the art of Moffat Takadiwa, who transforms them into sculptures and tapestries. His practice follows in the footsteps of the African artists, who from the 1980s onwards, chose to create works from almost exclusively recycled materials, in a radical break from the Western academic art which was introduced into Africa at the end of the 19th century.

For Moffat Takadiwa, the turning point came in 2015 with the protest movement “Rhodes Must Fall,”[2] which challenged the predominant Western worldview in the curricula of South African universities. This was the moment when he realized that it was time to find his own path, employing an artistic language that drew on his local socio-cultural surroundings. Using keys from computer keyboards, present in many of his works, Moffat Takadiwa began developing a “de-colonialized” vocabulary.[3] Through his multicolored mosaics, whose constituent elements are strung together with fishing line, the artist relentlessly builds connections between past and present, between the ancestral wisdom of yesterday and the urban societies of today. Each new work is a narrative that invites the viewer to contemplate the interdependence of communities across centuries and beyond geographical borders.

The circle, omnipresent in Moffat Takadiwa’s oeuvre, not only refers to a shape found in numerous everyday objects but also evokes the outlines of Great Zimbabwe, a legendary medieval city, today in ruins, but which once sat at the center of an empire that encompassed present-day Zimbabwe and Mozambique. The aesthetic appeal of his works—which borrow motifs and colors from a variety of cultures in his country—underpins a scathing critique of the legacy of a troubled colonial past, while at the same time praising the resistance groups that fought against it.

Moffat Takadiwa’s works are akin to algorithms relentlessly producing variants of the same narrative. They methodically chart the journeys of goods that have been returned to Africa. Raw materials extracted from the continent are shipped to Europe or China, where they are used in the manufacturing process. When they finally “return to their homeland,” Moffat Takadiwa transforms them into precious objects, some of which once again make their way back to the West, destined for museums and collectors.

—N’Goné Fall

1 - Moffat Takadiwa’s exhibition Tales of the Big River was held at the Édouard-Manet gallery in Gennevilliers in 2024.

2 - In instigating the removal of the statue of Cecil Rhodes from the campus of the University of Cape Town (South Africa), the “Rhodes Must Fall” collective initiated a major wave of cultural decolonization, particularly in South Africa’s academic institutions and museums, before spreading much further afield. Today, the collective is still campaigning for the removal of the Cecil Rhodes statue from the façade of Oxford University’s Oriel College.

3 - Shona, the language used today in Zimbabwe is not the original language spoken there. It is a combination of more than five indigenous languages, a European construct born of a colonial strategy of divide and rule, which took advantage of the bringing together of various “tribes” who would subsequently enter into conflict with each other.

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Lors d'une visite à Gennevilliers [1] pour préparer son exposition Tales of the Big River, Moffat Takadiwa apprend que la Seine qui borde la ville charrie depuis des siècles des marchandises en provenance du monde entier. Ce fleuve, il en est convaincu, garde dans son lit la mémoire des épices et des matières premières associées à l'aventure coloniale française. Or, les vestiges de la colonisation et leur impact sur les sociétés contemporaines sont des sujets récurrents dans l’œuvre de l’artiste.

Moffat Takadiwa a installé son studio à Mbare, un quartier populaire de la banlieue d'Harare dont l'économie informelle est en partie basée sur le recyclage d'objets électroniques et la vente de produits de seconde main importés d'Europe. Depuis une dizaine d'années, il collecte des claviers d'ordinateurs, des brosses à dents usagées, des tubes de dentifrice vides, des barillets de stylos, mais aussi des bouchons de bouteilles, des poignées de seaux, des cuillères en plastique, etc. Récemment, des boucles de ceintures ou des fermetures éclair ont fait leur apparition dans des tapisseries géantes exposées dans le cadre du pavillon national du Zimbabwe à la Biennale de Venise 2024.

Moffat Takadiwa donne une nouvelle vie à ces éléments hétéroclites en les transformant en sculptures et tapisseries. Sa démarche s’inscrit dans le sillage de celles d'artistes du continent africain qui ont fait le choix, à partir des années 1980, de créer des œuvres quasi exclusivement à partir de matériaux de récupération, pour se placer en rupture radicale avec l'art académique occidental introduit en Afrique à la fin du XIXe siècle.

Dans le cas de Moffat Takadiwa, le déclic remonte à 2015, lors des manifestations du mouvement « Rhodes Must Fall » [2] qui a remis en question la prédominance d'une vision occidentale du monde dans le curriculum des universités sud-africaines. Il comprend, à ce moment-là, qu'il est temps pour lui également de trouver sa propre voie à travers un langage artistique qui puise sa source dans son contexte socio-culturel local. Au moyen de touches de claviers d'ordinateurs, présentes dans la majorité de ses œuvres, Moffat Takadiwa commence à créer un nouveau vocabulaire « décolonisé ».[3] À travers ses mosaïques polychromes dont les éléments sont reliés avec des fils de pêche, il construit inlassablement des connections entre le passé et le présent, entre les savoirs ancestraux d'hier et les sociétés urbaines d'aujourd'hui. Chaque nouvelle production est un récit qui nous invite à percevoir l’interdépendance des communautés par-delà les siècles, par-delà les territoires.

Le cercle, omniprésent dans l’œuvre de Moffat Takadiwa, fait référence à une forme que l'on trouve dans de nombreux objets usuels, mais aussi aux contours du Grand Zimbabwe, la légendaire cité médiévale, aujourd’hui en ruines, centre d'un empire qui couvrait le Zimbabwe et le Mozambique actuels. La charge esthétique de ses œuvres – qui empruntent les motifs et les couleurs de différentes cultures de son pays – sous-tendent une critique sévère des rémanences d'un passé colonial encombrant, tout en louant les groupes de résistances qui les ont combattues.

Les œuvres de Moffat Takadiwa s'apparentent à des algorithmes produisant inlassablement des variantes d'un même récit. Elles archivent méthodiquement le trajet de marchandises revenues s'échouer en Afrique. Extraites sur le continent à l’état de matières premières, elles sont exportées vers l’Europe ou la Chine pour y être manufacturées. À l’occasion de leur « retour au pays », Moffat Takadiwa les métamorphose en objets précieux, dont certains feront, à nouveau, le voyage vers l'Occident, à destination des musées et collectionneurs.

—N’Goné Fall

1 - Tales of the Big River, galerie Édouard-Manet de Gennevilliers, 2024.

2 - En obtenant en 2015 le déboulonnage de la statue de Cecil Rhodes de l’université de Cape Town (Afrique du Sud), le collectif « Rhodes Must Fall » (« Rhodes doit tomber » en anglais) a initié une vague importante de décolonisation culturelle, notamment dans les champs académique et muséal d’Afrique du Sud, avant de s’étendre. À l’heure actuelle, le collectif « Rhodes Must Fall » réclame toujours le déboulonnage de la statue de Cecil Rhodes à l’Oriel College de l’université d’Oxford.

3 - La langue shona parlée aujourd’hui au Zimbabwe n’est pas la langue originelle mais une combinaison de plus de cinq langues indigènes différentes, construction européenne née d’une stratégie coloniale de division qui a tiré profit de l’amalgame de diverses « tribus », qui par la suite se sont affrontées.

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