Ended Feb 24

A Line Is Not a Border

Jan 13 – Feb 24, 2024

Marco Maggi, Matthew Porter, Philippe Ramette, Kevin Rouillard, Lucas Samaras, Michael Scott, James Siena, Takis

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In his essay on the history of lines [1], anthropologist Tim Ingold groups lines into two categories: threads and traces. He also maintains that modernity has emphasized the straight line to the detriment of gesture. However, when our attention shifts to the period that follows (“contemporary” or “post-modern”) his concern may be questioned. The threads and traces remain, but lines also call upon gesture, even when they are straight. We also note that artists, whether abstract or figurative, focus in particular on the “limits” of the demarcation, physical or conceptual. What happens when we alter the boundaries drawn, twisting them, making them go beyond the frame, discontinuing them? When the surface disappears in favor of the line? The works of the eight artists presented here are inhabited by these questions. Their aesthetic proposals differ but they use the line and the notions it covers to open new fields of perception, instead of circumscribing them.

Some draw their inspiration from the production or the representation of sound. This is the case of Kevin Rouillard’s sculpture (Partition for sculpture, 2023). Made with strips of metal, cut from used cans, his work imagines the shaping of a symphonic score in its primitive form. More explicitly, the sculpture by Takis, Musical (1972) introduces sound, movement and temporality. “Played” by an electromagnetic mechanism, it uses the string of a guitar to create a jerky sound which propagates within the gallery.

The will to prolong an artistic proposition beyond its conventional frame is illustrated by other works in this exhibition. The stretched threads of Marco Maggi (Drawing Machine, 2015) whose pencils seem to be at the origin, extend their course beyond the wall. The idea of an existence outside the frame is also present in the paintings of Michael Scott who demonstrates, through an optical effect, that the exit from the frame of one circle in relation to the other gives the impression that its diameter is smaller. And finally, with algorithmic principle this time, the drawing by James Siena, Double Inverted Sagging Triangle Grid (2011) follows a partition logic that could be continued infinitely.

Among its proposals, the exhibition also borrows from figurative works, with a surrealist humor at times. We find, for example, the filiform chairs of Lucas Samaras (Wire Hanger Chair, 1990), twisted and disproportionate, suggesting the idea of a mutation in progress; the linear architectures of Matthew Porter which contradict and fragment the idea of a shelter, or the vertical rope by Philippe Ramette (Ascension irrationnelle, 2006), strangely straight, which seems to respond to an injunction and tends towards the beyond.

1 - Tim Ingold, Lines : a brief history, 2016, ed. Routledge

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Dans son essai sur l’histoire des lignes, l’anthropologue Tim Ingold regroupe les lignes en deux catégories : les fils et les traces. Il soutient aussi que la modernité a mis à l’honneur la ligne droite au détriment du geste. Toutefois, quand notre attention se porte sur la période qui suit – la période dite « contemporaine» ou « post-moderne » – cette inquiétude n’a sans doute plus lieu d’être. Les fils et les traces demeurent, mais les lignes font aussi appel au geste, même lorsqu’elles sont droites. On note aussi que les artistes, quels que soient leurs modes de représentation (abstraits ou figuratifs), questionnent en particulier les « limites » de la démarcation, physiques ou conceptuelles. Que se passe-t-il lorsque nous altérons les limites tracées, en les tordant, en les faisant dépasser du cadre, en les discontinuant et quand la surface disparait au profit de la ligne ? Les œuvres des huit artistes présentées ici sont habitées par ces questions. Leurs propositions esthétiques diffèrent mais elles ont pour point commun d’utiliser la ligne et les notions qu’elle recouvre pour ouvrir de nouveaux champs de perception au lieu de les circonscrire.

Certaines puisent leur inspiration dans l’émission ou la représentation du son. C’est le cas de la sculpture de Kevin Rouillard (Partition pour sculpture, 2023). Réalisée avec des lamelles de métal, découpées dans des bidons usagés, cette œuvre imagine la mise en forme d’une partition symphonique, dans sa forme primitive. De manière plus explicite, la sculpture de Takis (Musical, 1972) introduit le son, le mouvement et la temporalité. « Jouée » par mécanisme électromagnétique, elle emploie la corde d’une guitare pour créer un son saccadé qui se propage dans l’enceinte de la galerie.

Cette volonté de « sortir du cadre » est illustrée par bien d’autres œuvres de l’exposition. Ainsi, les fils tendus de Marco Maggi (Drawing Machine, 2015) dont les crayons semblent être à l’origine, prolongent leur course au-delà du mur. L’idée d’une existence hors cadre est aussi présente dans les peintures de Michael Scott qui démontre, par un effet optique, que la sortie du cadre d’un cercle par rapport à l’autre, donne l’impression que son diamètre est plus petit. Et enfin, sur un principe cette fois-ci algorithmique, le dessin de James Siena (Double Inverted Sagging Triangle Grid, 2011) applique une logique de partition que l’on pourrait poursuivre à l’infini.

Parmi ces propositions, l’exposition emprunte aussi un registre figuratif, voire un humour surréaliste. Nous y trouvons par exemple les chaises filiformes de Lucas Samaras (Wire Hanger Chair, 1990), tordues et démesurées, qui suggèrent l’idée d’une mutation en cours, les architectures linéaires de Matthew Porter qui contredisent et fragmentent l’idée d’un abri, ou enfin la corde verticale de Philippe Ramette (Ascension irrationnelle, 2006) ; corde bizarrement droite qui semble répondre à une injonction et tendre vers l’au-delà.

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