Ended Feb 27

Abraham Cruzvillegas

La Señora de Las Nueces

Jan 23 – Feb 27, 2021

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In the mid 1960’s, some kids from the Eastern Mexican village of Las Limas, in the habit of breaking nuts on a stone from a dirt road. In an attempt to extract the rock, two of them discovered a mysterious sculpture which will become an emblematic art work of the Olmec culture. Las Limas Monument 1 (El Señor de la Limas) (900-400 av. J.C.) depicts a sitting figure whose body’s surface is incised with countless symbolic patterns with sacred references. In its arms, lies the loosen body of a were-jaguar baby, perhaps a rain or a fertility god. The back of this sculpture is flattened, and shows two symmetric cavities, probably made to facilitate transportation on a man’s back. However, many uncertainties remain as to both the method used to go from one point to another, and its relevance.

Inspired by the stories around this iconic sculpture since long time ago, Abraham Cruzvillegas will present in his exhibition a dozen of new sculptures created with reused materials. In the days before the opening of the show, the artist will complete these portable sculptures by moving them on his back, across Paris, to the places that are dear to him. Several large prints and unique monotypes —abstracted patterns from a Parisian map of the places visited by the artist, hybridized with his sculptures’ shapes— will be hung on the walls of the gallery. Lastly, a video of the French archaeologist and pre-Columbian P’urhépecha culture specialist Patricia Carot, breaking nuts on a stone, with the same simple and ancestral gestures available to men then, will be displayed.

Each week of the exhibition’s duration, a conversation will be organized between the artist and a guest of his choice, in the space of the exhibition. These recorded talks will be available in replay on the gallery’s website.

Abraham Cruzvillegas is a Mexican artist born in 1968, who lives and works in Paris, where he teaches at the École des Beaux-Arts.

His work, may it be performative, sculptural or pictural, is the expression of human reality itself: unstable, raw, contradictory, and unpredictable.

He has also participated in many great museum and institution exhibitions worldwide, such as the Aspen Art Museum, U.S.A. (2019); The Kitchen, New York, U.S.A. (2018); the Kunsthaus Zurich, Switzerland (2018); the Carré d’Art, Nîmes, France (2016); the Museo Jumex, Mexique (2014); the Walker Art Center, Minneapolis, U.S.A. (2013) or the Modern Art Oxford, U.K. (2011), or The Bass Museum in Miami, U.S.A., where his current project ‘Agua Dulce’ will be displayed until April, 2021.

Recent important biennials involve the Sharjah Biennal 12 (2015), the Documenta 13 (2012), the 9th Gwangju Biennial (2012) and the 50th Venice Biennale (2003).

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La Galerie Chantal Crousel est heureuse d’accueillir la cinquième exposition d’Abraham Cruzvillegas, La Señora de Las Nueces, dans laquelle l’artiste présente un ensemble de sculptures, une série de monotypes et une œuvre vidéo. Ces œuvres s’inspirent d’une réflexion entamée depuis plusieurs années autour de l’histoire matérielle et culturelle du Señor de Las Limas ou Monument 1 de Las Limas, une sculpture datant de 900 — 400 av. J.-C. qui fait aujourd’hui figure d’emblème de la culture Olmèque. [1] Découverte en 1965 par deux enfants du village de Las Limas qui cherchaient une pierre sur laquelle briser la coque d’un fruit, cette ronde-bosse représente un personnage assis en tailleur qui porte dans ses bras le corps allongé et relâché d’un bébé-jaguar. [2] Leur peau est incisée de motifs symboliques que les archéologues associent aux divinités principales du panthéon olmèque et aux insignes du pouvoir de plusieurs cultures mésoaméricaines (un rectangle orné d’une croix centrale). La face arrière de cette sculpture présente un dos plat, au bas duquel deux cavités symétriques permettaient probablement de faire passer un lien afin de faciliter son transport.

L’incertitude des hypothèses présentées quant à l’usage et la symbolique du Señor de Las Limas, ainsi que les conditions de sa découverte et la vénération dont il a fait l’objet avant d’entrer dans les collections du Museo de Antropología de Xalapa, forment un point de départ pour la compréhension des œuvres exposées ici par Abraham Cruzvillegas. Intitulée La Señora de Las Nueces, qui signifie « La Dame aux Noix », la vidéo installée (voir accrochage) filme en plan rapproché la main d’une femme — l’archéologue Patricia Carot, spécialiste de la culture précolombienne Purépecha — en train de casser l’enveloppe/le brou d’une noix grâce à deux pierres, puis de la décortiquer. La connaissance presque instinctive du geste qui permet l’ouverture du fruit semble rejouer la scène originelle de la découverte de la sculpture Olmèque dans les années 1960. Cette courte séquence réalisée par l’artiste se construit autour de la main en action de l’archéologue et concentre l’attention du spectateur sur les mouvements qu’elle effectue. Si la reproduction de gestes ancestraux par Patricia Carot suscite l’intérêt d’Abraham Cruzvillegas, ce dernier s’intéresse aussi avec précision au dialogue qui se noue entre le corps, la pierre et le fruit.

Cette attention portée sur le mouvement, Abraham Cruzvillegas la développe au sein du processus de création des sculptures suspendues dans la salle principale. Réalisées à partir de matériaux et d’objets prélevés dans la ville et collectés çà et là (petit mobilier, tasseaux et planches de bois, tige métallique, corde, pierre, clavier d’ordinateur), elles sont toutes structurées dans le but d’être portées et de contenir quelque chose. En effet, leur architecture comprend une plateforme ou un panier, un dossier, des sangles. Partant des propositions scientifiques sur les techniques de transport du Señor de Las Limas employées par les Olmèques et la fonction symbolique de cette circulation, Abraham Cruzvillegas termine la réalisation de ses sculptures par une double action : arrimées à son corps, il se déplace avec chacune d’elles entre la galerie et un lieu qui compte dans sa vie quotidienne (l’École des Beaux-Arts où il enseigne, son domicile, entre autres). Ramenées à la galerie, elles signent la fin d’une série de performances au cours desquelles l’artiste s’est entièrement rendu attentif à sa rencontre fortuite avec des fragments prélevés dans l’espace urbain. La réalisation de ces sculptures traduit en partie une quête de compréhension du corps comme outil. Par leur manipulation et leur déplacement, il s’agirait d’éprouver physiquement la reproduction régulière de gestes. La question du lien entre le corps et l’œuvre d’art est primordiale dans la réflexion d’Abraham Cruzvillegas. Dans cette exposition, c’est la notion de labeur qu’il questionne, entendue au sens figuratif, comme « processus continu de transformation » [3] du corps et de l’œuvre. Il s’agit de susciter une rencontre entre deux entités vivantes (le corps humain et la matière) et d’observer les métamorphoses mutuelles qui en découlent : de quelle manière son corps et les sculptures interagissent au cours des cheminements dans la ville ? Comment celles-ci induisent une attitude et un positionnement du corps lorsqu’elles sont portées ou manipulées ? Se dessine alors une chorégraphie et un répertoire du portée, qui poursuit le travail de recherche performative entamée avec Autoreconstrucción: To Insist, to Insist, to Insist [4], performance au cours de laquelle des danseurs et danseuses professionnel.le.s activaient les sculptures suspendues d’Abraham Cruzvillegas, dans un jeu de miroir spectaculaire.

Réalisées dans les semaines qui précèdent l’ouverture de l’exposition, les monotypes uniques fixés aux murs de l’espace d’exposition se composent de motifs abstraits et colorés. Réalisée sur un miroir, chaque peinture est reportée sur papier, puis fixée par des capsules de bières à un cadre en bois brut, sans verre de protection. Ces capsules se trouvent aussi utilisées comme point d’attache entre les matériaux qui constituent les sculptures évoquées précédemment. Pour cette série d’œuvres sur papier intitulée On the road of La Señora de Las Nueces, le corps est une fois de plus sollicité non seulement par la technique d’impression, sa physicalité, mais aussi par le reflet de lui-même offert à l’artiste par le miroir devenu support. Pour Abraham Cruzvillegas, les formes peintes des monotypes répondent à une sorte de projection des sculptures, avant leur réalisation. En effet, les lignes droites et les obliques se rapprochent de la géométrie angulaire des éléments fondamentaux de chaque sculpture, tandis que les lignes courbes font écho aux anses et sangles qui permettent à l’artiste de les porter sur son dos. Ni esquisse, ni croquis, ces estampes font aussi écho, par leur aspect répétitif, à l’errance méditative et urbaine éprouvée physiquement par l’artiste.

Abraham Cruzvillegas, artiste mexicain né en 1968, vit et travaille à Paris où il enseigne à l'École des Beaux-Arts. Son œuvre, qu’elle soit performative, sculpturale ou picturale, est l'expression même de la réalité humaine : instable, brute et imprévisible.

De nombreux grands musées et institutions dans le monde ont notamment exposé son travail : le Aspen Art Museum, Etats-Unis (2019) ; The Kitchen, New York, Etats-Unis (2018), la Kunsthaus Zurich, Suisse (2018) ; le Carré d’Art, Nîmes, France (2016) ; le Museo Jumex (2014) ; le Walker Art Center, Minneapolis, Etats-Unis (2013), Modern Art Oxford, UK (2011) ou encore The Bass Museum à Miami (États-Unis), où son projet « Agua Dulce » est exposé jusqu’en avril 2021.

Son travail a été présenté dans d'importantes biennales, dont la Sharjah Biennal 12 (2015), la Documenta 13 (2012), la 50ème Biennale de Venise (2003) et la 9ème Biennale de Gwangju (2012).

1 - Les Olmèques étaient un Peuple précolombien multiethnique installé sur la côte du golfe du Mexique, dans le bassin de Mexico et le long de la côte Pacifique jusqu’à l’actuel Salvador. Leur présence s’étend de 2500 av. J.-C. à 500 av. J.-C. et a été mise au jour à la moitié du XIXe siècle par la découverte d’une tête colossale sculptée dans un bloc de basalte, sur le site archéologique de Tres Zapotes dans l’état de Veracruz.

2 - Les figures hybrides font partie du répertoire sculptural de l’art olmèque, au sein duquel l’homme-jaguar est une figure récurrente. Celui-ci s’inscrit dans un art religieux et une imagerie, que les chercheurs interprètent comme une description des relations entre l’être humain et les animaux.

3 - Définition du CNRTL

4 - Première donnée en 2018 à The Kitchen (New York), en collaboration avec la chorégraphe Bárbara Foulkes, puis réactivée à l’inauguration du Grand Ballroom de la foire Art Basel Miami en décembre de cette même année.

Abraham Cruzvillegas tient à remercier Gilbert Brownstone et Samantha Barroero pour lui avoir permis de travailler à la Fondation Brownstone pour la réalisation de certains éléments de ce projet.

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