Ended Oct 10
Nam Tchun-Mo
Master of Lines
Sep 3 – Oct 10, 2020
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Located at the foot of the mountains, a few hundred kilometers away from Daegu (the capital city of this center-east region), Yeongyang is a small city of South-Korea. Its downhill fields are exclusively used to grow tobacco and pepper. This context would be rather insignificant if it was not the origin of Nam Tchun-Mo’s work. When asked where his obsession for lines, more specifically furrows, and light comes from -the recurring elements of his work- the latter spontaneously and unequivocally recalls growing up looking at these fields, and the impression of the lines drawn by the furrows and their crests on the ground. Besides, the artist always felt drawn to mattnesses, reflections as well as the mirror effects of the big black plastic tarps that covered the plantations to create a greenhouse effect that kept the heat. It helps shed some light, if we may say, on the work of this artist who precisely uses color and play on light and shadow as his magic lantern.
This is how line appeared in his work. In all its forms: dots, planes, volumes, grooves, tridimensional, flat or edged, straight or broken, white, black and colorful. A stroke here, a hatching there, tremored, vertical, horizontal, and even diagonal sometimes: the line channels the eye and draws a visual path. A thread to follow in the maze of Nam Tchun-Mo’s mostly geometrical compositions. Yet his line does not wander or drift. On the contrary, it is ordinated, even x-coordinated, directed, controlled and contained by the medium it is made of.
Nam Tchun-Mo makes his inverted “T” lines with resin, cutting stripes based on his intended compositions and then painting them in various colors according to a monochromatic principle, whether red, green, blue, white or beige. However, the stillness of Nam Tchun-Mo’s line is a mere (optical) illusion. When paying close attention to his works, we quickly realize that everything is in motion. First the lines themselves, which, contradicting the rule that parallels never meet, sometimes seem to merge at their ends, depending on the viewers’ point of view. But the edges of the lines also catch the light in different ways. And the shade cast by the furrows vary too, depending on how the light falls on their crests. The plays on colors also introduce changing effects of vibration, depth and impression depending on each piece monochromatic hue. Sometimes looking like flat tints, as if lit up from above, and sometimes like cast shadows, as if the sun was going down, the hues take different sides and turns.
Nam Tchun-Mo’s use of monochromes, his relationship to nature, his obsession with mediums and his repetitive gestures obviously originate in the principles of Dansaekhwa as set by Park Seo-Bo, one of the eminent members of this art movement from the 70s (alongside Ha Chong-Hyun and Chung Sang-Hwa), of which Nam Tchun-Mo seems to be a proud heir (as well as Lee Bae, as another example). But like all the artists of the second Dansaekhwa generation (meaning “monochrome” or “Korean monochrome”), Nam Tchun-Mo broke free from the movement, never intending to reproduce or repeat its concepts. Instead, he pushes them further to open new fields of experimentation and perspectives within a very different contemporary framework, looking to turn his lines into landscapes.
—Henri-François Debailleux, March 2020
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Située au pied des montagnes, à une centaine de kilomètres de Daegu (la capitale de cette région du centre-est du pays), Yeongyang est une petite ville de Corée du sud. Dans ses champs en pente, elle s’est spécialisée dans la culture du tabac et surtout du piment.
Ce contexte n’aurait guère d’intérêt s’il ne constituait la genèse même du travail de Nam Tchun-Mo. En effet, lorsqu’on lui demande d’où lui vient son obsession pour la ligne, le sillon, la lumière qui sont les principaux axes de son travail, il répond de façon spontanée et catégorique que gamin, il a été élevé en voyant ces champs et qu’il a été marqué par les lignes que dessinaient les sillons et leurs arêtes. Il a, de même, toujours été attiré par les matités, les reflets, les jeux de miroitements des grandes bâches en plastique noir dont on recouvre les plantations pour créer un effet de serre et conserver la chaleur. Tout s’éclaire, si l’on peut dire, pour un artiste qui, justement, a fait de la couleur, des jeux d’ombre et de lumière sa lanterne magique.
Ainsi est apparue la ligne dans son travail. Et la ligne dans tous ses états, du point au plan au volume, en rainure ou en relief, plate ou en arête, droite ou brisée, blanche, noire ou colorée, la ligne ici comme un trait, là comme une hachure, ailleurs comme un tremblement, la ligne verticale, horizontale et même quelquefois en diagonale, la ligne pour canaliser le regard et créer un parcours visuel, la ligne comme un fil à suivre dans les dédales du labyrinthe que dessinent ses compositions la plupart du temps géométriques. Car chez Nam Tchun-Mo la ligne n’est pas vagabonde, buissonnière. Au contraire, elle est ordonnée, voire en abscisses, dirigée, maîtrisée, rigidifiée par le matériau même qui la constitue.
Nam Tchun-Mo réalise en effet ses lignes en « T » inversé avec de la résine dont il découpe les bandes en fonction des compositions qu’il veut donner, avant de les peindre dans les différentes couleurs, rouge, vert, bleu, blanc, crème qu’il choisit mais toujours selon un principe monochrome.
Mais chez Nam Tchun-Mo cette immobilité de la ligne n’est qu’une illusion (d’optique). En regardant ses oeuvres attentivement, on se rend vite compte en effet que tout bouge. D’abord les lignes elles-mêmes qui, pour contredire le postulat que des parallèles ne se rencontrent jamais, semblent au contraire quelquefois, en fonction de l’angle de regard, se rejoindre au bout de leur course. Mais également les sommets des lignes qui accrochent différemment la lumière et aussi les sillons dont les ombres varient, justement en fonction de l’orientation de la lumière sur les arêtes. Les jeux des couleurs introduisent également des effets de vibration, de profondeur, d’impressions qui varient en fonction de la monochromie choisie. Tantôt très en aplat comme si le soleil venait d’en haut, tantôt en ombres portées comme si ce même soleil déclinait, les tonalités se déclinent en différentes versions et en différents versants.
Ce rapport à la monochromie, à la nature, cette attention portée à un matériau, cette répétition d’un même geste rappellent évidemment les principes du Dansaekhwa, tels qu’ils ont été définis par Park Séo-Bo, l’un des membres éminents (avec notamment Ha Chong-Hyun, Chung Sang-Hwa) de ce mouvement des années 1970 dont Nam Tchun-Mo (de la même manière que Lee Bae, pour ne citer qu’un exemple) semble être un digne héritier. Mais comme tous les artistes de cette seconde génération du Dansaekhwa (un terme qui se traduit par « une seule couleur » ou encore « le monochrome coréen »), Nam Tchun-Mo s’est affranchi de ce mouvement et n’a aucune intention de reproduire et reconduire les mêmes concepts. Il les prolonge et les développe pour ouvrir de nouveaux champs d’expérimentation, dessiner de nouvelles perspectives dans un contexte aujourd’hui très différent et faire en sorte que ses lignes deviennent des paysages.
—Henri-François Debailleux, mars 2020









