Exhibition · Valentin
Robin Goldring
Pas d'Images
Apr 10 – May 31
About the show
Robin Goldring est incontestablement un peintre de notre actualité qui aime à fabriquer des images, à investir le monde pictural contemporain de son empreinte. Elles sont à la fois apparemment réalistes et tout autant légèrement bizarres et surréelles. Un certain humour et drôlerie n’en sont pas absents. On les sait apparentés au dadaïsme. Il s’agit cette fois de scènes théâtrales figées, de situations de groupe, faites de corps nus ou habillés, mais aussi de plusieurs portraits. Le travail de R. Goldring appartient à cette tradition de la figuration qui sans avoir jamais vraiment disparu de la peinture contemporaine, n’est pas non plus ignorante de la défiguration picturale et de la déconstruction des poncifs de l’art, des ridicules du regard. Héritier de la crise de la représentation, R. Goldring est tout de même lui aussi un acteur de cette fiction de néoréalisme dont attestent en France des artistes comme François Bard et Guillaume Bresson. Pour autant, il ne s’agit pas pour eux de représenter de nouveau la réalité de façon naïvement imitative, ni de simuler des photographies. Leur naturalisme est chez eux très paradoxal. Il procède d’une mise en scène à la fois du contenu, du représenté, mais aussi de sa représentation sous les traits d’un réalisme pictural ou photographique. D’un collage de la peinture sur la réalité, ou l’inverse. La mise en scène réalistique de la peinture est pour eux de la sorte tout autant un enjeu que ce qu’ils représentent, les motifs apparents de leurs images : personnages, scènes vécues, corps, objets, visages, événements.
De sorte que si on pourra les prendre pour des peintres réalistes ou de la réalité, ils ne le sont pas. Ils sont des peintres qui mettent en scène en peinture le réalisme pictural comme un jeu de peintre. Ils opèrent par un collage composite de la peinture sur elle-même qui se superpose au réel des motifs et scènes représentés. Ils confondent et mélangent incidemment Velasquez, Ribera, Le Nain, Le Caravage, avec Hopper, Hockney, Pistoletto, Hamilton, Monory, Richter. Leur secret est le montage par collage et superposition des styles, des époques, des éléments, à la façon d’un Schwitters dans un monde fait d’images techniques proliférantes. On pourra ainsi invoquer une sorte de néo-naturalisme qui n’est pas un réalisme, mais plutôt quelque peu hyperréaliste et post-photographique. Une véritable illusion de peinture du réel de la réalité en peinture qui se donne comme une illusion peinte. Une focalisation médiatique aussi sur des images du monde, exagérées et grossies.
Dans les tableaux de R. Goldring, une géométrie des gestes et des sentiments, des postures, des états psychiques, des actes, des figures de visages identifiables, se déploie. Des gens, des personnes très réelles et tout autant parfois allégoriques sont ainsi présentes dans ces peintures. Comme si les tableaux de R. Goldring nous racontaient aussi des rencontres, pas tout à fait anonymisées. Chacun d’entre eux en ce sens est une scène vécue, une situation dirait le philosophe. Plusieurs d’entre elles viennent nous captiver. A la fois anecdotiques et surprenantes, ces scènes relèvent du quotidien et d’une impression d’étrangeté stupéfiante. Elles ne sont pas nommées. Faisons-le. Partie de cartes. Silhouettes capuchonnées agglomérées. Assemblée téléphonique. Conciliabule en secret. Couple lisant. Baigneuses attablées. Couple dénudé à l’atelier. Buveurs réunis. Farandole. Révélation au smartphone. Les corps sont ici figés. Les mouvements absents sont pourtant présents comme l’histoire passée de ces corps et personnages, avant que d’être peints. Pour autant, certains de ces tableaux sont des portraits. La menuisière assise. La jeune fille fauve. Les amis rassemblés. Et puis il y a toujours ces corps statuaires, légèrement monumentaux, posturés de façon invraisemblable, exhibant membres, dos et fessiers proéminents. Il s’agit d’un classicisme torturé et torsadé en bordure d’obscénité par l’exhibition des chairs en leur massivité. A l’instar de ce corps féminin jeté sur une table et sans visage.
Dans ces tableaux, ce qui est important, malgré tout, c’est que la scène sociale, les personnalités, la réalité des corps vivants et des événements d’aujourd’hui, y ont désormais de nouveau leur place figurable. Cela restitue à la peinture ces anciennes scènes de mœurs qui firent son succès autrefois. Pour autant, c’est toujours la scène secrète des couleurs et des jeux d’ombre et de lumière qui s’exprime, celle aussi des vibrations et des lueurs sombres de l’art de l’âge classique, du jeu des corps dévoilés et recouverts. Chez R. Goldring, c’est le cas dans son usage consommé de la transparence et de l’opacité, de la figuration et de l’immobilité.
—Emmanuel Brassat