Ended May 21
Ivan Cheng
Milieu
Apr 16 – May 21, 2022
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“Is aggressive broadcasting what it once was?” asks Slinky, one of the characters in Ivan Cheng’s new video The Waves, a 48-minute-long montage of one take shots of monologues recorded during two live performances in Marseille this spring. The Waves demands ongoing suspensions of disbelief - not least Cheng’s performance of twins who appear in bursts of monologues in spaces that are recognisable, nameless, or named Monaco. Slinky runs a pirate radio station but becomes disillusioned by the changing ethics surrounding its monetization and the lack of a geographically defined or tangible audience in the face of the internet’s reshaping of the medium. His twin Fritzi is an “extremely observational” aspiring actor capable of instantly switching between accents and works as a judge of fireworks. The cast expands to another facilitator in entertainment as service industry: the famous German industrial designer Dieter Rams is Fritzi’s godfather in Y2K boots and sunglasses, played by Myriam Mokdes, the director of Voiture 14. Rams recites his 10 commandments of good design and casually brags about driving a Porsche 911.
A subtle and at times hysterical queer humour permeates the ongoing flow of phrases in these monologues and the self-righteousness of the portrayed figures. Slinky’s abandonment of pirate radio exemplifies how the very idea of an ‘underground’ has been historicised and replaced by digital networks, not unlike Dieter Rams’s electronic gadgets and the medium radio’s bygone role in transmitting language, information and advertisement. Are ‘waves’ still a useful metaphor for paradigm shifts in feminism or musical genres, now that any content can be streamed online from any location? Perhaps the term has always failed to appropriately describe collective shifts in political views or artistic expression, as illustrated by its resurgence as a euphemism for the gentrification of cafés.
The non-linear narrative and the sheer amount of language in The Waves draw attention to the construction of the gaze, the sound effects, and the intentionally shallow characters’ way of speaking. Slinky, Fritzi and Dieter perform different forms of connoisseurship of milieus such as the ‘underground’, posh and regional accents, functional and tasteful product design, fireworks, or ethically sourced gourmet coffee. Like in a one-person radio play, Ivan Cheng’s voice emerges as the real protagonist and as a continuous ambient background noise, ranging from the deep-voiced mansplaining by a barista in a gladiator apron with printed-on muscles (“Every lungo draw is a streaming contest under the moon, man.”) to the high camp of ab-fab female Dieter Rams, dubbed by Cheng in an exaggerated German accent.
With Cheng’s live performances structured as fast moving guerrilla video shoots, audience members are wrangled into extras with dubious consent, appearing in sequences and contributing to the soundtrack of The Waves. The signifier of authenticity and liveness is rendered functional and ornamental. In the digital montage, the transitions, context, and banter that ease the live witness in and out of the estrangement of recitation are cut, substituted with post-production, additional footage and sound effects.
The gatekeeping of digital and analogue networks is addressed differently in a sculpture produced in collaboration with Thorben Gröbel: a bespoke cookie tower on a marble base from which emerge hand-hammered stainless steel cups with little lids, all easily dismantled into parts. The tower resembles a utopian residential building which hosts various cookies of unknown origins. Evoking the equally mysterious digital cookies in internet browsers, the tower could be interpreted as a reversal of Apple’s translation of Dieter Rams’s design aesthetic into digital interfaces. Much like their virtual counterpart, this assemblage of baked goods remains cryptic about its function and the economies and relations that it represents. The opaque significance of avatars for cookie providers echoes the character writing and hooks for the audience in the performance. Whether the tower proposes a collaborative portrait of Cheng’s own milieu, or offers a platform ready for piracy and hijack, the offer of cookies signal his approach to the complexity of hosting, storage, access, and legibility – eat now, process later.
—Raoul Klooker
Ivan Cheng (b. 1991, AU) lives and works in Amsterdam. His solo exhibitions include: Milieu, Édouard Montassut, Paris, 2022 ; Parataxis; (...), OoO, Vienna, 2021 ; ‘ex-curses’ + ‘virginities’, Mother Culture, Los Angeles, 2021. A Selection of recent group exhibitions include: Fiction or Fictions, Christian Andersen, Copenhagen, 2022 ; sub/dominion, Chateau Shatto, Los Angeles, 2021 ; this dialogue which happened to be present in all other dialogues, Alyssa Davis Gallery, New York, 2021 ; Can I Go Out Already? Tilde, Amsterdam, 2021 ; The Many Faced God-dess Maison Populaire, Montreuil, 2021 ; I Wanna Be Together, Atelier WG, Amsterdam, 2021 ; The Zany, Lateral Roma, Rome, 2021 ; Virtue and the City, Maison Descartes, Amsterdam, 2020 ; Carriers, Art Sonje, Seoul, 2020.
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“La radiodiffusion agressive existe-t-elle toujours ?”, demande Slinky, un des personnages dans The Waves, la nouvelle vidéo signée par Ivan Cheng. D’une durée de 48 minutes, il s’agit d’un montage de monologues enregistrés sous forme de plans séquences pendant deux performances à Marseille au printemps de cette année. Le visionnage de The Waves exige la suspension de notre incrédulité, notamment lorsque Cheng incarne des jumeaux qui apparaissent, dans de courts monologues, au sein d’espaces qui sont soit reconnaissables, soit anonymes, soit nommés « Monaco ». Directeur d’une station de radio pirate, Slinky se trouve de plus en plus désabusé. Pour cause : l’évolution de la déontologie relative au financement de la station et l’absence d’un public géographiquement définie et tangible due à la transformation du médium par l’internet. Son jumeau, Fritzi, est un comédien en herbe avec un “don aigu pour l’observation” capable de changer d’accent d’un moment à l’autre. Il gagne sa vie comme « juge de feux d’artifice ». Enfin la distribution comprend un troisième facilitateur du monde du spectacle en tant qu’industrie du service. Incarné par Myriam Mokdes, directrice de Voiture 14, affublée de bottes Y2K et de lunettes de soleil, le célèbre designer industriel allemand Dieter Rams est le parrain de Fritzi. Rams récite ses 10 commandements du bon design tout en se vantant avec nonchalance de conduire une Porsche 911.
Un humour queer subtile et parfois hystérique traverse le flux continu des phrases dans ces monologues et sous-tend l’autosatisfaction des personnages. Le fait que Slinky abandonne la radio pirate montre que le concept même d’un milieu « underground » a été consignée à l’histoire et remplacée par les réseaux numériques, à l’instar des gadgets électroniques de Dieter Rams et du rôle de la radiodiffusion en tant que transmetteur d’informations, de discours, voire de publicités. Les « waves » (ondes, mais aussi vagues) du titre sont-elles toujours une métaphore pertinente pour les changements de paradigme au sein du féminisme ou des genres musicaux dès lors qu’on peut visionner du contenu en streaming d’où qu’il vienne ? Peut-être que le mot « vague » n’a jamais décrit de façon satisfaisante les changements de points de vue politiques ou l’évolution des formes d’expression artistique, comme semble le souligner sa résurgence en tant qu’euphémisme pour la gentrification des cafés...
Le récit non linéaire et le flot de mots dans The Waves attirent notre attention vers la construction du regard, les effets sonores et la manière de parler des trois personnages délibérément superficiels. Slinky, Fritzi et Dieter prétendent posséder une connaissance intime d’environnements tels que le milieu underground et adoptent des accents pointus ou régionaux pour parler du design fonctionnel et chic, de la pyrotechnie ou du café haut de gamme de source équitable. Comme dans un monologue radiophonique, la voix d’Ivan Cheng est à la fois le véritable protagoniste de la pièce et une sorte de bruit ambiant continu, allant de la voix grave d’un barista vêtu d’un tablier de gladiateur imprimé de muscles qui présente son métier avec condescendance (“Tu vois mon gars, tirer un café lungo c’est comme un concours de streaming au clair de lune...”) à celle, haut perchée et efféminée, de Dieter Rams, doublée par Cheng avec un accent allemand caricaturé.
Les performances live de Cheng sont structurées comme des tournages vidéo rapides en direct où des membres du public deviennent malgré eux des figurants, apparaissant dans certaines séquences et contribuant à la bande sonore. Ainsi le signifiant même de l’authenticité et du caractère live de la performance devient-il à la fois fonctionnel et ornemental. Dans le montage numérique, les transitions, la mise en contexte et le discours de présentation qui permettent au public d’entrer dans une récitation a priori aliénante sont coupés et remplacés par de la post-production, par des séquences additionnelles et par des effets sonores.
Cheng aborde autrement la question du contrôle des réseaux numériques et analogues à travers une sculpture réalisée en collaboration avec Thorben Gröbel. Il s’agit d’une « tour à cookies » posée sur un socle en marbre, d’où émergent des coupes en inox martelées à la main avec de petits couvercles, le tout facilement démontable. La tour ressemble à un immeuble de logements qui héberge des cookies—de petits gâteaux dont les origines restent inconnues. En évoquant les tout aussi mystérieux cookies numériques qui peuplent nos moteurs de recherche, la tour pourrait être interprétée comme une représentation à rebours de la manière dont l’esthétique de Dieter Rams se trouve traduite par Apple au sein des interfaces numériques. A l’instar de son équivalent numérique, cet assemblage de petits gâteaux semble peu enclin à révéler sa fonction et les économies et les relations qu’il représente. L’opacité des avatars créés par les fournisseurs de cookies fait écho à l’écriture des personnages et à la relation au public dans la performance de Cheng. Que la tour constitue un portrait collaboratif du milieu de Cheng ou qu’elle représente une plateforme prête à subir les effets du piratage et du détournement, le fait qu’elle nous offre des cookies est une manière d’aborder la complexité de l’hébergement, du stockage, de l’accès et de la lisibilité : mangez maintenant, vous traiterez après.
—Raoul Klooker
Ivan Cheng (1991, AU) vit et travaille à Amsterdam. Ses expositions personnelles incluent: Milieu, Édouard Montassut, Paris, 2022 ; Parataxis; (...), OoO, Vienna, 2021 ; ‘ex-curses’ + ‘virginities’, Mother Culture, Los Angeles, 2021. Ses expositions collectives récentes incluent: Fiction or Fictions, Christian Andersen, Copenhague, 2022 ; sub/dominion, Chateau Shatto, Los Angeles, 2021 ; this dialogue which happened to be present in all other dialogues, Alyssa Davis Gallery, New York, 2021 ; Can I Go Out Already? Tilde, Amsterdam, 2021 ; The Many Faced God-dess Maison Populaire, Montreuil, 2021 ; I Wanna Be Together, Atelier WG, Amsterdam, 2021 ; The Zany, Lateral Roma, Rome, 2021 ; Virtue and the City, Maison Descartes, Amsterdam, 2020 ; Carriers, Art Sonje, Seoul, 2020.










