Ended Oct 8
Trevor Yeung
You Turn Your Back On Me
Sep 10 – Oct 8, 2022
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You Turn Your Back On Me is Trevor Yeung’s second solo exhibtion at Galerie Allen.
Trevor Yeung is fascinated by guppies, a species of tropical fish. One time, he dreamt he was back in his childhood bedroom filled with aquariums, one of which had a number of guppies giving birth. Tiny newborn fish, or fry, spewed profusely out of their mothers, who seemed drained of their own lives. The discharge coloured the tank’s water an opaque white, where some of the offspring immediately died on arrival. A spectacular scene, he said, the vitality violent yet sublime. Luckily for Yeung, that vision of fishy mayhem and box breeding frenzy was limited to the dream, and free from a pungent reality.
Guppies are small in size and fantastically coloured. The female's body is less colourful and its abdomen often translucent where the eggs are visible. A female guppy begins to reproduce at two to three months of age. Able to birth thousands in its lifespan, making the species one of the most available tropical fish species on the commercial market. The guppy can be seen as a metaphor for the constant, repetitive, non-stop and high-speed modern system of industrial production, – transparent bodies housed in transparent structures. In this body of work, Yeung has filled clear plastic vials, sold as seed containers, with grains of sand and silicone pellets, transforming them into avatars for the guppies – squashed, buoyed up, and appearing to be about to spawn inside the fish tanks. Beyond their transparent forms, the body of the guppy is an analogy for plastic—mass-produced and constantly polluting its surroundings. The cylindrical and hexagonal shaped aquariums in Yeung’s sculptural assemblages with their lighting and decor allude to the quintessential eclectic urban aesthetics of the 1980–90s in East Asia and in particular Hong Kong. A mishmash of Confucian conviction, neo-classical flair, and modernist geometry in primary colours—an everyday setting born out of aspirations to modernity, defining and confining the fish’s living space, with style and cruelty.
Between the three aquariums, Yeung tinkers with the connection between mass production and social spaces—childbearing coercion in the name of Asian tradition; production management and isolation based on Zweckrationalität (instrumental rationality). In his works featuring flora and fauna, the fish tank presents a miniature of human society, supposedly built with immaculate administration and precise management. Just like the current condition of our world and careening supply chains, the tank is bursting at the seams. Its mucous milky white water, akin to semen, hints at the system’s overabundance—of desire, production, and consumption.
Yeung didn’t set out to ponder lofty issues. He saw in that dream the guppy’s fleeting, strenuous life; and in its reflection, his own insatiable desires and ambitions, toil and anxiety. The lifelessness of a few guppies is summoned in watercolour through sheer rice papers layered upon each other. And with ready-made materials, he reconstructs the process of desire manufacturing in a way making transparent the romanticisation and fetish of mass production by the logic of modernity, through which the individual’s alienation is laid bare alongside the system’s malfunction.
In the Chinese fable Ye gong hao long (Duke Ye Who Loves Dragons), Duke Ye was famous for his love of the mythical creature, and embellished his home with dragon motifs. The actual dragon, intrigued and fancying a visit, descended upon the mansion, breathing down the grand hall with its colossal face and tail overshadowing different directions. The duke scurried for his life. Sometimes, what appears charming conjures great fear.
—Qu Chang
Trevor Yeung (born 1988, Dongguan, China. Lives and works in Hong Kong) has participated in biennials including the Kathmandu Triennale 2022, “Cruising Pavilion” at the 16th International Architecture Biennale, Venice, Italy; the 15th Biennale de Lyon; the 38th EVA International Biennale, Limerick, Ireland; the 4th Dhaka Art Summit, Dhaka, Bangladesh and the 10th Shanghai Biennale, China, as well as exhibitions in institutions and galeries including Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris; Para Site, Hong Kong; Jameel Art Centre, Dubai, UAE; M+ Museum, Hong Kong; Asia Culture Center, Gwangju, South Korea; 4A Centre for Contemporary Asian Art, Sydney; OCAT Shenzhen; Osthaus Museum Hagen, Germany; Stiftung Skulpturenpark Köln, Cologne; HOW Art Museum, Shanghai; Bodega, New York; Rockbund Art Museum, Shanghai; Gladstone Gallery, Brussels and the Museum of Modern Art, Warsaw.
His work is held in the collections of the Centre Pompidou, Paris; M+ Museum, Hong Kong; Stiftung Skulpturenpark Köln, Cologne; Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris; Kadist Art Foundation, Paris and San Francisco and FRAC Alsace.
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You Turn Your Back On Me sera la deuxième exposition personnelle de Trevor Yeung à la Galerie Allen.
Les guppys, une espèce de poisson tropical, exercent sur Trevor Yeung une fascination particulière. Un jour, il a rêvé qu’il se retrouvait dans sa chambre d’enfant, remplie d’aquariums et que l’un d’entre eux contenait des guppys en train de mettre bas. Les alevins, ces minuscules poissons nouveau-nés, s’échappaient en abondance du ventre de leurs mères qui semblaient se vider de leur propre substance. Cet écoulement colorait l’eau du caisson d’un blanc opaque tandis qu'une partie de cette progéniture succombait immédiatement à son arrivée. C’était une scène spectaculaire, se souvient-il, empreinte d’une vitalité violente et pourtant sublime. Heureusement pour Yeung, ce grouillement des poissons animés dans leur bac d’une frénésie de reproduction restait un rêve, détaché d’une réalité acerbe.
Les guppys sont appréciés pour leur petite taille et leurs incroyables couleurs. Le corps des femelles est moins coloré et leur abdomen est souvent translucide, si bien que les œufs y sont visibles. Une femelle guppy commence à se reproduire à l’âge de deux ou trois mois. Capable de donner naissance à des milliers de petits au cours de sa vie, c’est une des espèces tropicales les plus répandues sur le marché des poissons d’aquarium. Le guppy pourrait constituer une métaphore des cycles rapides, infiniment répétitifs et ininterrompus du système de production industrielle moderne : des corps transparents logés dans des structures transparentes. Dans cet ensemble d’œuvres, Yeung a rempli des flacons en plastique transparent, vendus à l’origine comme des récipients pour graines, avec des grains de sable et de petites billes de silicone, les transformant en avatars des guppys — écrasés les uns contre les autres dans ces aquariums, tout gonflés, ils semblent y déposer leurs œufs. Au-delà de ses formes transparentes, le corps du guppy permet aussi l’analogie avec le plastique : comme lui, il est produit en masse et pollue constamment son environnement. Les éclairages et les décors des compositions sculpturales que Yeung compose avec des aquariums de forme cylindrique et hexagonale renvoient à la quintessence de l’esthétique éclectique de la culture urbaine de l’Asie de l’Est dans les années 1980 et 1990, en particulier à Hong Kong. Un mélange hétéroclite de principes confucéens, de style néoclassique et de géométrie moderniste faisant la part belle aux couleurs primaires — un décor quotidien né d’autant d’aspirations à la modernité, définissant et délimitant l’espace de vie des poissons, avec style et cruauté.
Entre ces trois aquariums, Yeung joue avec le lien qui existe entre espaces de vie sociale et production de masse : l’injonction à la maternité au nom des traditions asiatiques ; la gestion de la production et l’isolement qui résulte de la Zweckrationalität (ou rationalité instrumentale). Dans des œuvres mettant en scène une dimension florale ou animale, l’aquarium introduit une reproduction miniature de la société humaine, prétendument construite sur les bases d’une administration sans faille, à la gestion millimétrée. Mais à l’image de l’état actuel de notre monde et de ses chaînes d’approvisionnement en perpétuelle agitation, l’aquarium est sur le point de déborder. Son eau d’un blanc épais et laiteux, qui n’est pas sans rappeler le liquide séminal, fait allusion à la surabondance d’un système fondé sur le désir, la production et la consommation.
Yeung n’avait pas, au départ, l’intention d’aborder des sujets de cette ampleur. Le souvenir de ce rêve lui donnait à voir le côté éreintant et éphémère de la vie d’un guppy où se reflétaient ses désirs et ambitions jamais rassasiées, ses angoisses et son propre labeur. Les corps sans vie d’une poignée de guppys sont suggérés à l’aquarelle sur des empilements de papier de riz translucide. À travers l’utilisation d’objets ready-made, il reconstruit le processus de fabrication du désir de manière à rendre transparentes la romantisation et la fétichisation de la production de masse opérées par la logique de la modernité ; l’aliénation de l’individu y est mise à nu aux côtés des dysfonctionnements du système.
Dans la fable chinoise intitulée Ye gong hao long (Le duc Ye aime les dragons), le duc Ye était réputé pour l’amour qu’il portait à cette créature mythique. Il avait d’ailleurs embelli toute sa demeure avec des motifs de dragons. Un jour, un véritable dragon que la chose intriguait décida de lui rendre visite et vint se poser sur le palais. Le souffle de ses naseaux emplissait le grand hall, sa queue et sa gueule colossales dérobaient l’horizon : le duc se sauva sans demander son reste. Ce qui semble plaisant nous inspire parfois une peur profonde.
—Qu Chang
Traduit de l’anglais par Noam Assayag
Trevor Yeung (né en 1988 à Dongguan, Chine. Vit et travaille à Hong Kong) a participé à des biennales, notamment la Triennale de Katmandou 2022, le "Cruising Pavilion" à la 16e Biennale internationale d'architecture, Venise, Italie ; à la 15e Biennale de Lyon ; la 38e Biennale internationale EVA, Limerick, Irlande ; au 4e Sommet de l'art de Dhaka, Dhaka, Bangladesh et à la 10e Biennale de Shanghai, Chine, ainsi qu'à des expositions dans des institutions et galeries, notamment au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris ; Para Site, Hong Kong ; Jameel Art Centre, Dubaï, EAU ; M+ Museum, Hong Kong ; Asia Culture Center, Gwangju, Corée du Sud ; 4A Centre for Contemporary Asian Art, Sydney ; OCAT Shenzhen ; Osthaus Museum Hagen, Allemagne ; Stiftung Skulpturenpark Köln, Cologne ; HOW Art Museum, Shanghai ; Bodega, New York ; Rockbund Art Museum, Shanghai ; Gladstone Gallery, Bruxelles et le Museum of Modern Art, Varsovie.
Ses œuvres font partie des collections du Centre Pompidou, Paris ; du M+ Museum, Hong Kong ; de la Stiftung Skulpturenpark Köln, Cologne ; du Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris ; de la Kadist Art Foundation, Paris et San Francisco et du FRAC Alsace.










