Ended Oct 9
Hicham Berrada
Dilutions
Sep 3 – Oct 9, 2025
More from Hicham Berrada on Gallop
[Scroll down for French version / Veuillez trouver ci-dessous la version française]
Mennour is pleased to present Dilutions, Hicham Berrada’s fourth solo exhibition, that brings together a collection of new paintings.
Though the images you see appear as oil paintings of landscapes, whose compositions may evoke some of the greatest names in that field, these works are nonetheless the result of artificial intelligence. Hicham Berrada has taken hold of one of those tools—not one of the monsters mentioned so often today who consume boundless energy, but a more modest model. That model, emptied of all memory, was fed by the artist with all his past works: videos, performances, aquariums, praised or failed. Then he fed a second model with images that are perpetual sources of inspiration for him: paintings of landscapes, often linked to the aesthetics of the sublime or the unusual. Those two memories were merged together and led to identify and generate landscape elements like seas, skies and trees. Hundreds of images were produced, and some, chosen by the artist, were transposed through oil painting, with the expected results in differences and interpretations: the AI images were so small and hazy that it was the artist’s turn to identify and interpret them. It might seem surprising to some that an artist like Hicham Berrada, whom we associate with a poetic questioning of scientific protocols, turns to such a classic, if not archaic medium.
On closer examination, this new series stands in direct line with his previous work, in which he was involved in the reactions of metal to various chemical solutions. At the time he was already working in collaboration with a non-human agent whose actions he couldn’t predict. His new paintings do nothing more than seek a “non-human muse enabling the emergence of things” which “are in [his] brain”[1] Resorting to AI, Hicham Berrada asked afresh a question that has been haunting artists for at least two centuries: that of the relationship that the human author, the alleged subject, keeps with the “nature” he wishes to represent, the alleged object. Doesn’t delivering the most faithful, the most mimetic reproduction of “nature” amount to admitting its absolute perfection—therefore the relative uselessness of the artist? These have accumulated the effects so as to make their existence evident: inventions, projections of their emotions, visible brush-strokes. Anything and everything was used to show the contrastive and overdetermined interiority of the artist. Ernst understood well what was at stake by resorting to the technique of rubbing, which enabled him to distance himself from “any conscious mental construction […] reducing to the extreme the active part of the one who, until then, was called ‘the author’”[2] Hicham Berrada doesn’t look for anything else when he uses AI. The latter is not—yet—capable of creating. It only repeats and generates by probability things already identified. Resorting to AI contributes to weakening the myth, historically constructed, of the out-of-nothing creation of a work by an artist in their solitary interiority.
The ancient poets used to say they listened to the Muses, Medieval sculptors were guided by the Holy Spirit and illustrators from distant lands sought to work in harmony with a spirit or an ancestor. Hicham Berrada perceives in the crackling of the digital magma, landscapes to which he himself might have given birth. But does an artist ever create by himself? Does he ever extract himself from the flux of the world? Only our modernity made us believe that kind of chimera. Hicham Berrada has always seen the creation of artefact as a collective process. He doesn’t have difficulty in saying he has asked the help of collaborators to use AI or to make the paintings—not all artists are honest like that. His collaborators are not always human—yesterday it was metal, today AI. A way to reconnect art with its social and collective dimension, to re-establish it as a common good where human beings are part of a continuum in which they are not the only actors. A place of complicity between humans and non-humans, a moment of dilution of our exceptionalness.
—Nicolas-Xavier Ferrand
1 - Interview with the author, July 2025.
2 - Max Ernst, “Au-delà de la peinture” (1936), in Écritures, Paris, Gallimard, 1970, p. 244
*****
Mennour est heureux de présenter « Dilutions », la quatrième exposition personnelle d’Hicham Berrada, réunissant un corpus de peintures inédites.
Si les images que vous voyez sont bien des peintures à l’huile de paysage, dont les compositions vous évoquent peut-être quelques grands noms de la discipline, ces œuvres sont pourtant le fruit d’une intelligence artificielle. Hicham Berrada s’est emparé de l’un de ces outils — pas l’un de ces mastodontes énergivores dont on parle tant, mais d’un modèle plus modeste. Ce modèle, vierge de toute mémoire, l’artiste l’a nourri de tous ses travaux passés, vidéos, performances, aquariums, acclamés ou ratés. Puis, il a nourri un second modèle d’images qui sont pour lui des sources d’inspiration continuelles : des peintures de paysage, souvent liées à l’esthétique du sublime ou de l’étrange. Ces deux mémoires furent diluées ensemble et entraînées à identifier et générer des éléments paysagers, tels que des mers, des ciels, des arbres. Puis, des centaines d’images furent produites, et certaines, choisies par l’artiste, transposées en peinture à l’huile, avec tout ce que cela suppose d’écart et d’interprétation : les images de l’IA sont si petites et imprécises qu’il faut qu’à son tour l’artiste identifie et interprète. Il peut paraître étonnant qu’un artiste comme Hicham Berrada, qu’on associe plutôt à une interrogation poétique des protocoles scientifiques, se tourne vers un médium aussi classique et, disons-le, archaïque. À y regarder de près, cette nouvelle série se situe en droite ligne de son travail précédent, pour lequel il s’intéressait aux réactions du métal à différentes solutions chimiques. Il était alors déjà engagé dans une collaboration avec un agent non-humain dont il ne pouvait prévoir les actions. Ses nouvelles peintures ne sont rien d’autre qu’une façon de solliciter « une muse non-humaine qui permet de faire émerger des choses » des choses qui « sont[1] dans [son] cerveau ». En recourant à l’IA, Hicham Berrada pose à nouveaux frais une question qui hante les artistes depuis au moins deux siècles : celle du rapport que l’auteur humain, supposé sujet, entretient avec la « nature » qu’il désire représenter, supposée objet. En livrer la reproduction la plus fidèle, la plus mimétique ne revient-il pas à admettre l’absolue perfection de la « nature » — et donc de la relative inutilité de l’artiste ? Ceux-ci ont multiplié les artifices pour rendre manifeste leur existence : inventions, projections de leurs émotions, touches de pinceau visibles. Tout était bon pour montrer l’intériorité contrastive et surdéterminée de l’artiste. Ernst avait bien compris cet enjeu en ayant recours au frottage, qui lui permettait de prendre distance avec « toute construction mentale consciente [...] réduisant à l’extrême la part [2] active de celui qu’on appelait jusqu’à lors “l’auteur ” ». Hicham Berrada ne cherche pas autre chose en utilisant I’IA. Celle-ci n’est pas — encore — en mesure de créer. Elle ne fait que repérer et générer par probabilité des choses déjà identifiées. Recourir à l’IA permet de diluer le mythe, historiquement construit, de la création ex-nihilo d’une œuvre par l’intériorité solitaire d’un artiste. Les poètes antiques disaient écouter les Muses, les sculpteurs médiévaux se laissaient guider par le Saint-Esprit, les imagiers des lointains cherchaient l’accord d’un esprit ou d’un ancêtre. Hicham Berrada repère dans le grésillement des bouillies numériques les paysages qu’il aurait, peut-être, fait naître seul. Mais crée-t-on jamais seul ? S’extrait-on jamais du flux du monde ? Il n’y a guère que notre modernité pour avoir cru à ce genre de chimère. Hicham Berrada a toujours envisagé la création d’artefact comme un processus collectif. Il n’a aucun mal à dire qu’il a sollicité des collaborateurs pour utiliser l’IA ou pour réaliser les peintures — tous n’ont pas cette honnêteté. Ses collaborateurs ne sont pas toujours humains — hier le métal, aujourd’hui l’IA. Façon de reconnecter l’art avec sa dimension sociale et collective, de le resituer comme un bien commun, où les êtres humains s’inscrivent dans un continuum dont ils ne sont pas les seuls acteurs. Un lieu de connivence entre humains et non-humains, un moment de dilution de notre exceptionnalité.
—Nicolas-Xavier Ferrand
1 - Entretien avec l’auteur, juillet 2025.
2 - Max Ernst, « Au-delà de la peinture » (1936), dans Écritures, Paris, Gallimard,
1970, p. 244.










