Ended Dec 19

Jean-Luc Moulène

Implicites & Objets

Oct 22 – Dec 19, 2020

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For his sixth exhibition at Galerie Chantal Crousel, Jean-Luc Moulène takes us through a sculptural landscape where abstraction manifests itself as a force of thought and imagination, intertwined with still, bold figuration on a ritualized stage.

In the first room, the abstract object Montagne pourpre (2019) is put up upon its base. The fruit of 3D modeling turned out on machine-tools, this impressive hard-foam sculpture is a surface with body. Designed by the artist as a three-dimensional monochrome, the colored abstraction stands among a new ensemble of hand-crafted concrete sculptures entitled Implicites (2020). Grouped around the Montagne pourpre and back against the wall, they watch from afar but, observers, the Implicites witness and observe their own interiority. Resulting from the same production protocol as the Tronches series (2014-2017) [1], the figures are upside-down and inside-out, interiorized then filled with concrete – effigies with distorted faces and bodies.

The concrete appears different from one sculpture to the next in terms of color (tones of grey) as much as surface (wax or epoxy). The bodies’ shapes and attributes burst out from their own erasing by the act of filling. This, in a sense, is a staging of sensitive existence.

At the heart of the second room, a bronze, totem-like sculpture is presented on a pedestal, Pyramid’os (2020). Here, the long bones of the human body both form the edges of a pyramid and delineate its surfaces, or rather absence of surface because its core remains empty. The joints, the articulations, become the peaks and cornerstones.

Pyramid’os shares quarters with a portrait sketch (Tronche, 2020) and various other objects including one small-scale Implicite (Redux Implicite, 2020) also back against the wall, opposite and eye-level with the pyramid.

Lastly, resonating with the above works, the third and final room to the side of the first presents three sculptures, two of which are large-scale abstractions placed on tables. Reiterating the formal issues raised by Montagne pourpre, Montagne blanche (2020) has a ‘quelconque’ (ordinary) [2], abstract shape, a large white monochrome still with traces of oil painting on its surface, each trace linking straight back to the visible gestures of the artist painting on canvas. A variation of this, Nature Morte (2020), is a relief painting too, a volume this time with realistic, non-covert parts, bones and stones.

“Abstraction [...] is not simply a theme, a technique or a style, but an evolving protocol that enables thought to see the image of itself from the perspective of a matter that implacably stalks it.” [3]

To close, the two abstractions rub shoulders with one last sculpture positioned on a wooden beam, Yeux bleus (2020). From the observer viewpoint, this is an object composed of two stones found and glued together by epoxy paste. Spread over the top are hundreds of nazar boncukları, small, traditional, Turkish glass amulets designed to protect against the evil eye —tipping the wink one could say at the ‘quelconque’ abstraction shown at the 2019 Venice Biennale (Pale blue Eyes, 2019)— which seem to proliferate and look around, eyeing as much the sculptures as the visitors.

As Philippe Vasset said so well, I like “to linger in Jean-Luc Moulène’s exhibitions: full of puzzles and suggestive details, they are real fantasy machines.” [4]

During these past two decades, Jean-Luc Moulène's works have been presented in many great institutions and for important international events with for instance: the exhibitions More or Less Bone at SculptureCenter, New York, (2019), U.S.A.; The Secession Knot at Secession, Vienna, Autria (2017); Jean- Luc Moulène at Centre Georges Pompidou, Paris, France (2016); Il était une fois at Villa Medici, Rome, Italy (2015); Documents and Opus (1985 - 2014) at Kunstverein in Hanover, Germany (2015); Jean-Luc Moulène . works at Beirut Art Center, Lebanon (2013); Jean-Luc Moulène at Modern Art Oxford, Oxford, U.K. (2012); Opus + One, Dia:Beacon, Beacon, New York, U.S.A. (2012); Jean-Luc Moulène at Carré d’art – Musée d’art contemporain in Nîmes, France (2010); or Le Monde – le Louvre at Musée du Louvre, Paris, France (2005); His participation to several biennales: 58th Venice Biennale, Italy (2019); Taipei Biennale, Taipei, Taiwan (2016); Biennale Internationale Design, Saint-Etienne, France (2015); Sharjah Biennale, U.A.E. (2011) and at the Sao Paulo Biennale, Brazil (2002).

1 - Jean-Luc Moulène worked on the Tronches series from 2014 to 2017. They are latex Halloween masks the artist turned inside out and poured concrete into. Once dry, the latex is removed and the concrete waxed, then the mask placed on a cover for exhibition. The concrete is hence grey or colored. The artist exhibited an ensemble of Tronches in his solo exhibition at the Villa Medici in 2015.

2 - The French term, “quelconque” designating an unsurprising ordinariness with no one-to-one translation, is often part of Moulène’s vocabulary. It refers to “ordinary” shapes or things of which we know neither the structure, composition nor transformation.

3 - Reza Negarestani in “Torture Concrete: Jean-Luc Moulène and the Protocol of Abstraction”, Sequence press editions, New York City, U.S.A., 2014, p.5.

4 - Philippe Vasset: in “Un rituel sans liturgie” (ritual without a liturgy), Jean-Luc Moulène exhibition catalog; publ. Centre Georges Pompidou & Dilecta, Paris, 2016, p.108.

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Pour sa sixième exposition à la Galerie Chantal Crousel, Jean-Luc Moulène propose un paysage sculptural où l’abstraction se présente comme une force de pensée, d’imagination, évoluant conjointement avec une figuration forte et fixe dans un espace ritualisé.

Au centre de la première salle, un objet abstrait, la Montagne pourpre (2019) est installée sur son socle. Conçue à partir de modélisation 3D et produite par machine-outils, cette imposante sculpture abstraite en mousse dure est une surface remplie. Elle est conçue par l’artiste comme un monochrome en trois dimensions. Cette abstraction colorée est placée sous le regard d’un ensemble de sculptures inédites en béton, produites manuellement, les Implicites (2020). Assemblés autour de la Montagne pourpre et adossés au mur, ils l’observent à distance mais par cette observation, les Implicites sont également amenés à regarder leur propre intériorité. En effet, suivant le même protocole de production déjà utilisé pour la série des Tronches (2014-2017) [1], ce sont des figures retournées, inversées, intériorisées puis remplies de béton - des effigies aux corps et faciès distordus.

L’aspect du béton diffère d’une sculpture à l’autre tant par sa couleur (nuances de gris) que par son traitement de surface (cire, époxy). La forme des corps et leurs attributs surgissent de leur propre effacement par l’action de remplissage. On peut parler ici de mise en scène de leur existence sensible.

Au cœur de la seconde salle, nous trouvons une sculpture totémique en bronze sur socle haut, Pyramid’os (2020). Ici, les os longs des membres du corps humain forment les arrêtes d’une pyramide et en délimitent les surfaces ou plutôt l’absence de surface puisque son cœur reste vide ; les articulations, quant à elles, en deviennent les sommets.

La Pyramid’os partage son espace avec un portrait dessiné (Tronche, 2020) et plusieurs autres objets dont une figure Implicite de taille réduite (Redux Implicite, 2020) également adossée au mur et présentée en hauteur sur le même plan et face à la pyramide.

En résonnance avec les œuvres dont nous avons précédemment parlées, la troisième et dernière salle, latérale à la première, présente trois sculptures dont deux grandes abstractions posées sur tables. Reprenant les questions formelles soulevées par la Montagne pourpre, la Montagne blanche (2020) a une forme abstraite quelconque [2]. C’est un grand monochrome blanc qui garde en surface les traces de la peinture à l’huile. Toutes ces traces renvoient directement aux gestes visibles de l’artiste peignant sa toile. Autre variation, Nature Morte (2020) est également une peinture en relief, un volume avec des éléments réalistes et non dissimulés cette fois-ci, tels que des os et des cailloux.

« L'abstraction […] n'est pas simplement un thème, une technique ou un style, mais un protocole évolutif qui permet à la pensée de voir l'image d'elle-même du point de vue d'une matière qui la traque implacablement. » [3]

Enfin, ces deux abstractions côtoient une dernière sculpture posée sur une poutre de bois, Yeux bleus (2020). En position d’observateur, cet objet est composé de deux pierres trouvées, collées entre elles par de la pâte époxy. Sur sa partie supérieure, se répandent des centaines de Nazar boncuk, petites amulettes traditionnelles turques en verre destinées à protéger contre le mauvais œil. Non sans rappeler l’abstraction quelconque présentée à la Biennale de Venise en 2019 (Pale blue Eyes, 2019), ces yeux, qui semblent se multiplier, regardent la scène et épient tant les sculptures que les visiteurs.

Comme le disait très justement Philippe Vasset, on aime « s’attarder dans les expositions de Jean-Luc Moulène : pleines d’énigmes et de détails suggestifs, ce sont de véritables machines à fiction. » [4]

Au cours de ces deux dernières décennies, les œuvres de Jean-Luc Moulène ont été présentées dans les plus grandes institutions et lors des plus importants évènements internationaux, parmi lesquels : les expositions More or Less Bone au SculptureCenter, New York, États Unis (2019) ; The Secession Knot à Secession, Vienne, Autriche (2017) ; Jean-Luc Moulène au Centre Georges Pompidou, Paris, France (2016) ; Il était une fois à la Villa Médicis, Rome, Italie (2015) ; Documents and Opus (1985 - 2014) au Kunstverein de Hanovre, Allemagne (2015) ; Jean-Luc Moulène . works au Beirut Art Center, Liban (2013) ; Jean-Luc Moulène au Modern Art Oxford, Oxford, U.K. (2012) ; Opus + One, Dia: Beacon, Beacon, New York, États Unis (2012) ; Jean-Luc Moulène au Carré d’art – Musée d’art contemporain de Nîmes, France (2010) ; ou encore Le Monde – le Louvre au Musée du Louvre, Paris, France (2005) ; et sa participation à de nombreuses biennales : 58ème Biennale de Venise, Italie (2019) ; Biennale de Taipei, Taïwan (2016) ; Biennale Internationale Design, Saint-Etienne, France (2015) ; Biennale de Sharjah, Émirat Arabes Unis (2011) ou encore la Biennale de Sao Paulo, Brésil (2002).

1 - Jean-Luc Moulène travaille sur la série des Tronches entre 2014 et 2017. Ce sont des masques d’Halloween en latex, d’abord retournées à l’envers par l’artiste puis dans lequel il verse du béton. Quand ce dernier est sec, le latex est retiré, le béton ciré, le masque posé sur une couverture et exposé ainsi. Le béton est alors gris ou coloré. Un ensemble de Tronches fut notamment présenté dans l’exposition personnelle de l’artiste à la Villa Médicis en 2015.

2 - Le terme « quelconque » est fréquemment utilisé dans le lexique de Moulène. Il s’agit de formes, de choses, quelconques dont nous ne connaissons ni l’organisation, ni la composition ni la transformation.

3 - Reza Negarestani dans “Torture Concrete: Jean-Luc Moulène and the Protocol of Abstraction”, Sequence press editions, New York City, États-Unis, 2014, p.5 - traduction de l’anglais.

4 - Philippe Vasset dans « Un rituel sans liturgie », catalogue de l’exposition Jean-Luc Moulène, éditions Centre Georges Pompidou et Dilecta, Paris, 2016, p. 108.

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